Texas : MAC DONALD !!!

Comme un temple de basalte – T-Bear

Quand on quitte l’autoroute I-10 pour prendre la  route 17 qui mène à Fort Davis, on est encore sur le plateau du Crétacé supérieur. À une trentaine de kilomètres plus au sud, on entre dans les contreforts du massif volcanique du Big Bend. Le paysage change du tout au tout.

Lucie entre des colonnes de basalte – T-Bear

T-Bear à la veille de ses 61 ans – Lucie

D’immenses colonnes basaltiques, brunies, rougies par l’oxydation, défiant le ciel, s’alignent en procession comme des statues à flanc de montagne. Une montagne déchiquetée, blessée, sanguinolente dans ses plaies que l’érosion éolienne et les éboulements réouvrent constamment. Des éboulis, comme de gigantesques caillots de sang à peine coagulés, cascadent jusqu’au bord de la route. La nature essaie pourtant de recoudre avec patience ces blessures en les enveloppant d’une peau de terre brun rouge recouverte d’un tapis de plantes rampantes vert pâle comme des lichens. De rares arbustes ratatinés tordent leurs bras lépreux dans le vent. Seuls, toutes sortes de variété de cactus semblent s’y épanouir et prospérer. On ne peut pas dire que ce soit joli, c’est tout simplement grandiose et c’est ça qui donne toute sa beauté sauvage à ce paysage tourmenté. Prude Ranch, notre étape pour 48 h, est situé sur un petit plateau circulaire, entouré de coulées de lave encore reconnaissables après 35 millions d’années. Lundi 26 mars 2001, ce fut le 61e anniversaire à T-Bear. Pour cette occasion bien particulière, Lucie lui a offert le Mac Donald du coin… un peu spécial puisqu’il il ne s’agissait pas de se bâfrer de hamburgers mais de dévorer des yeux les étoiles.En effet, Mac Donald est le nom que porte un observatoire astronomique. Rien à voir avec l’inventeur et le distributeur du fast-food international. Ce Mac Donald là, William Jhonson de son prénom, était un des premiers magnats du pétrole Texan au début du siècle. Quel rapport avec l’astronomie ? C’est qu’il aimait autant scruter et compter les étoiles que ses dollars. Avant de partir observer les astres dans un autre monde, il a eu la bonne idée (controversée par ses héritiers directs, ça va de soi) de laisser le plus gros de son immense fortune à l’Université du Texas à Houston pour construire un observatoire astronomique Texan.

Pyramide d’éboulis – T-Bear

 Petit problème, il n’y avait pas de département d’astronomie dans cette université et donc pas de professeurs ni d’élèves. Pourtant, il n’était pas question de laisser échapper cette galaxie de dollars. Alors les administrateurs sont allé à la pêche aux facultés d’astronomie et c’est l’Université de Chicago qui a mordu à l’appât. Eux avaient le matériel et un département prospère, mais pas d’observatoire ni la possibilité d’en ouvrir un sur place à cause du climat où le ciel est couvert 365 jours par année. Après palabres, les fiançailles entre les 2 facultés furent proclamées et la cérémonie du mariage a été fêtée à la fin des années 20. Comme en astronomie le temps est relatif, l’union n’a pu être consommée qu’une dizaine d’années plus tard, non pas à cause de la crise de 1929, mais parce que les époux étaient à la recherche du domicile conjugal idéal pour pouvoir s’établir et y élever des petits.

Au fond, le massif volcanique de Big Bend – T-Bear

 C’est sur les montagnes bordant Fort Davis que les conjoints se sont mis d’accord. Il y fait beau 365 jours par année et le reste du temps permet de faire les calculs et les rapports. L’air y est très sec et donc parfaitement limpide. Du couple naquit un premier observatoire à la fine pointe de la technologie du temps, avec un télescope de 82 pouces (213,2 cm). Après la guerre s’est construit le plus gros télescope pour l’époque de 107 pouces (267,5 cm) de diamètre. Le boom de la conquête de l’espace a poussé Mac Donald Institute jusqu’à la démesure : un télescope géant de 433 pouces (11,26 mètres) de diamètre, le troisième plus gros au monde de nos jours. Un radiotélescope fut le dernier bébé mais non le moindre. L’après-midi a passé à suivre un guide qui nous a fait visiter les différents observatoires avec les explications que T-Bear vient de vous donner et plus encore, mais il vous en fait grâce. Bien entendu, tous ces yeux-là dirigés vers le ciel avaient fermé paupière dès l’aube. Ils ne supportent ni la lumière ni la température diurne même en hiver, étant plutôt des animaux nocturnes. Seul un petit observatoire solaire nous a permis d’admirer notre astre et de voir une mini éruption nucléaire de seulement 2500 km de hauteur, un simple postillon. En fait, le paysage grandiose qui se déroulait à nos pieds était plus fascinant que la houppette en point d’interrogation sur le crâne brillant et chauve de sa majesté notre astre.

Vers les Monts Davis – T-Bear

L’observatoire est situé sur les plus hauts sommets de la région, comme il se doit, à plus de 2070 m d’altitude. Des belvédères sont aménagés pour qu’on puisse admirer les alentours dans toutes les directions. Impossible de photographier le grandiose. La vue s’étend sur montagnes, vallées et plaines jusqu’à l’horizon. Au loin, au sud-ouest, on peut apercevoir l’autre massif volcanique d’importance à environ 200 km de là, le parc national de Big Bend. On nous a tellement mis l’eau à la bouche en nous décrivant cette région que, malgré l’éloignement, nous nous sommes promis d’y aller. Mais pour l’instant, nous avions la tête dans les étoiles avec leurs distances encore plus astronomiques. Nous sommes retournés au Mc Donald à la nuit tombante pour l’observation directe proposée dans le forfait. Hélas, nous n’étions pas les seuls invités à la fête, comme nous l’avions espéré égoïstement. Des autobus vomissaient leurs passagers de tous âges, allant de l’école secondaire Montessori de Houston à des personnes du 7e ou 8eâge à les voire descendre si péniblement les quelques marches de leur autobus, certains même en chaise roulante poussées par de mieux portants. Beaucoup de monde pour se mettre en ligne derrière les 6 télescopes mobiles mis à la disposition des visiteurs, chacun pointé vers un coin spécifique du ciel. C’est ainsi que nous avons pu observer les Pléiades, Jupiter, Saturne, le nuage de Magellan, Orion et le mince croissant de lune qui s’offrait à nous. Notre satellite naturel a eu la bonne idée de se coucher très vite pour que sa faible lueur n’altère pas la contemplation du firmament étoilé. Et là, la magie de ce spectacle féerique s’est emparée de nous, nous faisant oublier la foule, le vent, le froid et la soif. 

rayon laser comme baguette magique – Photo Mira Ladanyi

Un astronome nous a guidé dans un voyage extraordinaire à travers l’espace et le temps, en nous décrivant et nous montrant d’un rayon laser les constellations. Seule petite difficulté, la prononciation des noms n’est pas tout à fait la même en anglais qu’en français, même si les noms sont écrits de la même façon. Le temps de comprendre que « Orayan » était en réalité Orion et « Bettlejuice » Bételgeuse, il était déjà passé à une autre constellation et ainsi de suite. Mais enfin, nous avons su où placer et comment reconnaître ces étoiles. N’était-ce pas là le principale ? Et puis, et puis, cet air si pure qui nous donnait l’illusion de pouvoir caresser le firmament et la voûte céleste dévoilée en son entier sans obstacle pour l’arrêter, c’était vraiment divin. Nous sommes restés bien après que les autres soient partis pour nous gorger de beauté avec un sentiment de paix et d’extase mystique que seule une nuit étoilée dans toute sa plénitude et sa pureté peut vous donner. C’est la tête pleine de ce rêve d’immensité que nous sommes redescendus pour nous endormir dans un songe d’une nuit de printemps. Quel beau cadeau d’anniversaire !

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre  aujourd’hui : Les vacances de nos 1e Sinistres !

À propos de tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 réponses à Texas : MAC DONALD !!!

  1. Pascale Poudrette dit :

    Merci Robert pour ta générosité! Une précieuse source d’information pour la gyPSY Poudrette qui prendra la route vers l’Ouest au printemps prochain! Merci!!!!

    • tbearbourges dit :

      Ça me fait plaisir d’écrire mes souvenirs à partir de mes notres de voyage. Mais comme ça prend du temps et que je me considérais un peu comme en vacance,je vais reprendre la route d’ici peu en finissant notre séjour au Texas par 2 autres billets. L’un sur un rodéo maison et l’autre (peut-être 2 ?) sur le fabuleux massif volcanique du Big Bend.

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