Conte de Noël à la Baie James.

Il était une fois un Français qui travaillait dans son laboratoire des sols sur le camp d’exploration du Lac Pau, dans le territoire de la Caniapiscau.

Bassin de la Caniapiscau – archives SDBJ

En l’an de grâce 1978, il était même bien le seul maudit Français dans tout ce territoire qui était aussi vaste que la moitié de sa France et sans autres personnes itou que ceux du chantier, une vingtaine dans le gros de la saison d’été, et les Sauvages (Amérindiens en Québécois de ce temps là) des deux réserves. C’était le 15 décembre, veille du retour vers la civilisation pour les fêtes de toute la population qui ne comptait pas plus qu’une dizaine de vaillants en comptant le Sauvage qui travaillait avec nous. Faut dire que ce Français là était pas seulement doué pour la jarnigouane (jasette) comme tous les Français, c’était aussi un artiste sur les bords, vu qu’il peinturait des femmes tout nu pour le plus grand plaisir des gars.

T-Bear prenant un échantillon – photo J. Brivoizac

C’est que des femelles, y en avait pas sur le territoire, à part celles des caribous et des moustiques en été et que les gars étaient en manque, même le Sauvage qui, pourtant, lui, aurait eu droit d’amener une femme. Mais pour sûr qu’on était à quelque jour du sacré anniversaire et qu’il valait mieux s’abstenir de tout pêché, même en pensée, si on voulait pas être rôti par le Iable en lieu et place de la dinde. Or donc, les quelques vaillants qui restaient au camp lui avaient demandé de bâtir une crèche pour fêter Noël en bon Chrétiens. Le cuisinier avait fourni au Français toute une chaudière (seau en Québécois) de saindoux pour modeler les personnages.

Artiste à l’oeuvre – photo J. Brivouazac

C’était bien la première fois que l’artiste sculptait dans de la graisse, mais, par le froid qu’il faisait, pas de problème de se tenir, à condition de ne pas éclairer trop fort. Quand le Français eut fini St-Joseph, la Sainte Vierge, le Petit Jésus, les 3 bergers, le boeuf et l’âne que c’était merveille, il les plaça dans une cabane en bouleau que lui avait bâti un bûcheron pour bien faire. Pour conserver bien raide la belle ouvrage, le Français mit le tout dehors dans le frette par -40°c à la noirceur, c’est dire environ 3h PM (de l’après-midi). Mais voilà t-il pas que durant la nuit, une renarde (le Sauvage, était formel : d’après les traces, vu qu’elle marchait en désordre, ça ne pouvait être qu’une femelle) qui passait par là s’en vint tout droit renifler la chose. Elle fit délicatement son tri et, sans rien bousculer, communia en avalant la tête de la Sainte Vierge. Hélas, n’ayant plus de graisse, l’artiste ne put re-capiter la Reine du Ciel. Mais, comme le coeur et la boisson étaient de la partie, tout le monde eut bien du fun (plaisir en Amérique du Nord). Ce fut un bien beau et mémorable party de Noël.

Poor lonsome French – photo J. Brivoizac

Le lendemain, tout le monde pliait bagage et le Français s’en revint en ville avec une belle histoire à raconter à ses petits.

Cette histoire est parfaitement véridique, même si T-Bear l’a enjolivée comme un conte.

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
Cet article a été publié dans La grande sauvagerie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s