Conte faferlu : un un neuf

Échec à la tour par un pion (épisode 3)

(résumé : un avion kidnappé par un commando spécial vient d’être forcé d’atterrir dans un aéroport isolé dans un désert. En réalité c’est une simulation de piratage organisée par les services de sécurité du plus puissant pays de la planète Manga pour l’entraînement de ses commandos anti-terroristes et pour vérifier la rapidité d’intervention des forces aériennes d’interception. Jusque là tout allait bien et puis…)

hublotTout d’un coup, de la lumière se diffusa à l’avant de la cabine des passagers. L’explosion avait dû endommager ou ouvrir le volet d’un hublot. Tous les stores  des hublots  avaient été baissés dès le début du détournement pour que les passagers ne puissent se repérer avant que l’équipe ne les endorme. Une fois les moteurs coupés, le pilote avait dû éteindre par la même occasion toutes les lumières de l’avion, le plongeant dans l’obscurité. Alors qu’il avait bien d’autres réflexions à se faire, le premier réflexe d’Adénine fut de se demander pourquoi ses collègues n’avaient pas utilisé leur mini lampe de poche. 

 

Grâce au peu de lumière qui entrait par le hublot, les yeux d’Adénine s’accoutumèrent très vite à la pénombre. Pourtant, de sa position couchée, il ne put voir grand-chose d’autre que des pieds et une forme étendue sur le sol en travers de l’allée centrale.

 

Il prit appuie sur le corps en dessous de lui pour se relever… en essayant de se redresser, il constata non seulement que l’homme était inanimé, mais qu’il portait une cagoule comme lui. Il s’accroupit pour la lui enlever et reconnut l’un de ses hommes, A2. Il ne respirait plus et un doigt sur la carotide lui confirma qu’il était bien mort. La panique naît de l’incompréhensible et une onde de sueur froide envahit Adénine.

 

Il tituba un peu en se relevant et son pied heurta un masque à gaz. Le gaz, bien sûr ! Mais il devait juste endormir les gens, pas les tuer !  Instinctivement, il vérifia si son propre masque était bien en place.

 

Sabotage ou erreur ? Pas le temps d’y réfléchir. Agir avant de penser. En cas d’imprévu, surtout ne plus penser. Laisser l’intuition vous conduire. Intuition, action : leçon de base de leur entraînement. Et son intuition lui ordonnait de sortir de là le plus vite possible.

 

Sortir. Une porte à sa droite. Au sol, un petit objet que le bout de son pied droit envoie  ricocher contre la porte en question. Malgré la pénombre et quelques difficultés, Adénine réussit à ouvrir l’issue. En l’ouvrant, il déplace  l’objet repoussé tout à l’heure par son pied. Instinctivement, il le ramasse. Un portable. L’un des portables utilisés par ses collègues. Il se rallume dans sa main. Un message sms : « maintenant, enlevez votre masque à gaz ». Le cellulaire va-t-il exploser ? Il le jette par la porte ouverte. Le cellulaire tombe et se répand en mille morceaux au sol, mais n’explose pas comme le sien. Du même coup, constatation : le sol est trop loin. S’il saute, il se tue.

nez d'avion au sol 

Tien, un autre avion qui arrive droit sur lui. Pas prévu au programme, celui-ci. Tout s’était déroulé si bien et puis, tout à coup… Pas normal, pas normal. Pas le temps de penser. Intuition, action. Il doit sortir à tout prix. Oui, mais par où ? Flash : les instructions de l’hôtesse de l’air au départ. Il y a une issue de secours avec toboggan à l’arrière de l’appareil. À droite ou à gauche ? Intuition, action. À gauche (en se dirigeant de l’avant vers l’arrière). Et cet avion qui avance, est-ce qu’il va nous rentrer dedans ? Tiens, ce n’est pas un boomang 818 celui-la, un 805 d’AOL. Mais qu’est-ce qu’il fout là ? Pas le temps de penser. Intuition : refermer la porte. Action : aller à l’arrière, ouvrir l’issue de secours, déclencher le toboggan. L’arrière de l’appareil est trop sombre. Attention de ne pas tomber. La lampe de poche, l’allumer.

 

Des pieds, des bras, des têtes qui dépassent des sièges. Spectres dans la pénombre créée par la faible lueur mouvante de sa lampe. Vision de cauchemar. Dans l’allée centrale, le corps d’un de ses collègues à enjamber, un autre là et puis encore. Tous certainement morts. Étouffement, étouffement, étourdissement, résister à l’envie d’arracher son masque à gaz.

 

La porte arrière gauche. Merde,  obstruée par deux corps. L’hôtesse de l’air et le dernier de ses collègues. On dirait qu’ils se sont battus. Pas le temps d’y réfléchir. Les déplacer. Nom de Dieu que c’est lourd un corps mort, même une fluette comme celle-là. masque à gazÉtouffement, sueurs, palpitations. Peu pas transporter l’homme, trop lourd, pourtant, il le faut. Pousser, tirer, pousser, tirer. Pas vomir, pas vomir. Respirer, expirer lentement, à petites bouffées… là,  calme. Ouvrir, ouvrir la porte. Urgence, urgence. Ne pas perdre connaissance. Repart, cœur, repart. Pas tomber, pas tomber. Lueur, aveuglement. Porte ouverte. Porte ouverte. Ne pas arracher le masque, pas encore. Le toboggan. Où ? Quand ? Comment ? Intuition. Là ! Vite. Appuyer, tirer. OK. Il se gonfle. Il se déploie. Se jeter dedans. Se jeter dehors. Tomber. Se ramasser. Le masque. Maintenant. Maintenant.

tobogan d'avion 

L’air sec et brûlant du désert éclata dans les poumons d’Adénine et il faillit ne plus pouvoir expirer. Et puis, il y réussit. Peu à peu, sa respiration se rétablit, déchirante. Un vertige le prit et il faillit s’évanouir à nouveau. Une nausée en vague immense partit du tréfonds pour jaillir de lui en un long vomissement éruptif. En même temps, un tremblement intempestif de tout son corps relâcha ses sphincters. Honte, honte à lui, un homme des forces spéciales, une élite, une machine à tuer. Il reprit conscience dans un mélange d’humiliation et de culpabilité.

 

Une voix extérieure hurle : « alerte ! Alerte ! À toutes les unités. Un terroriste vient de s’échapper de l’avion nº 1. Attrapez-le ! » Une voix intérieure  murmure : tu es vivant, tu es vivant. Reprends-toi, reprends-toi vite ! Je suis vivant, mais les autres sont morts et moi je commandais. Faillite, honte, honte ! La voix extérieure répète le message repris par d’autres voix comme en écho. Non, pas d’autres voix, des hauts parleurs. Les hauts parleurs de la base, une base militaire de son pays. Une sirène beugle à intervalle régulier, accompagnant la voix.

 

 « Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » …Moi ! Moi, je fais partie d’une unité… « Un terroriste vient de s’échapper… » … un terroriste ? Ça doit être dans l’avion non prévu qui vient d’arriver. « … de l’avion nº 1. »… l’avion nº 1?… « Alerte ! Alerte ! À toutes les unités. L’un des terroristes… » … un terroriste… des terroristes… il y a des terroristes dans le dernier avion ? Tout s’explique… « Vient de s’échapper de l’avion n ° 1 »… l’avion nº 1 ? L’AVION N° 1 ? Mais c’est MON avion ? Il y a des terroristes dans MON avion ? Ce sont eux qui ont tué tout le monde ! Simple. Plus de mystère. Pas ma  faute. Plus de honte. Des terroristes se sont infiltrés et ont tué tout le monde. Reprendre le contrôle de l’avion. Les tuer tous, tous, tous ! Reprendre le contrôle. Intuition ! Action !

Eh ! Attends donc. Où étaient-ils ces terroristes ? Les as-tu vus ? Ne pas penser. Intuition, action. Où étaient-ils ces terroristes ? Pourquoi ne t’ont-ils pas sauté dessus ? Ne pas penser ! Ne pas penser !! Ne pas penser !!! Intuition, act... « … vient de s’échapper de l’avion n ° 1 »… S’il y a un terroriste qui s’est échappé, c’est par le toboggan, il est derrière moi… personne ! Personne derrière moi, alors par où ? Le seul  qui est sorti de l’avion, c’est toi, toi seul !!! C’est TOI le terroriste échappé de l’avion nº 1 ?

snaper cagoulé visant avec son armeUne sueur froide inonda à nouveau brutalement Adénine. Impossible, impossible, impossible. Il y a erreur, erreur, erreur ! Je ne suis pas un terroriste. Mon nom de code est Adénine. Je fais partie des forces spéciales de ce pays. Ce n’est qu’un entraînement. Une manœuvre d’entraînement  au nom de code ADN. « Alerte ! Alerte ! À toutes les unités. Un terroriste vient de s’échapper de l’avion nº 1. Attrapez-le ! »… « Attrapez-le ! » Et toi ? Qu’est-ce que tu fous encore ici ? À attendre qu’on te prenne ? Sauve-toi, sauve-toi connard, avant qu’ils ne t’attrapent. Ce n’est pas possible ! C’est fou, je deviens fou !  Je vais vers eux en levant les bras, ils vont voir qu’il y a méprise… Tu sais bien qu’ils vont tirer d’abord… Tu as perdu la mémoire ou quoi ? Tu connais bien les instructions, non ? Ils sont comme toi. Ils vont tirer d’abord et penser ensuite… Allez, connard, intuition, action. Mais dans l’autre direction cette fois. Pour ta survie, connard.

 

D’un bond, Adénine se mit à couvert derrière l’abri futile du toboggan, comme si l’ennemi arrivait inéluctablement d’en face. Il lança un coup d’œil derrière. Personne pour le moment. L’ennemi. L’ennemi… les ennemis, ses propres compatriotes, sa propre armée, une de ses unités spéciales sans doute, des frères d’armes. C’est fou ! Mais non, c’est moi, MOI, MOI maintenant l’ennemi à abattre.

(suite au prochain épisode) 

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre  aujourd’hui : Attention ! Vous êtes sous écoute !

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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