CAMUS : le centenaire de l’homme révolté

albert-camuss-100th-birthday-6441557590802432-hpSi vous aviez cliqué sur le moteur de recherche GOOGLE le 7 novembre, vous auriez vu en haut à gauche à la place du logo multicolore habituel de Google ce logo orange animé ci-dessus que Google a créé spécialement pour commémorer le centenaire de la naissance de l’écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français Albert Camus. albert camusCette reconnaissance internationale par le biais du moteur de recherche le plus actif du monde moderne met un baume sur le coeur de T-Bear et de tous ceux qui ont profondément vibré avec cette âme tourmentée et tellement humaine de cet immense penseur. Ce fut bien la première et la dernière fois que T-Bear fut tenté d’employer des arguments frappants pour défendre des idées à travers son idole contre un disciple de Jean Paul Sartre.  T-Bear préparait son baccalauréat de philo et Sartre fou de jalousie venait de vomir dans les journaux sur son ancien ami Camus qui venait de recevoir le prix Nobel de littérature pour toute son oeuvre.

Sartre et Camus

Sartre à gauche et Camus

53 ans après sa mort, plus que dans son propre pays, sa popularité continue à s’accroître dans le reste du monde et principalement aux états-Unis, au Japon et (sous le manteau) en Chine. La preuve, cet hommage plus que public rendu par Google à celui que les Américains appellent le plus grand philosophe des temps modernes. Pourquoi ? Parce que Camus a osé disserter sur l’absurdité de la condition humaine face à la mort. « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » écrit-il dans « le mythe de sisyphe » en pleine 2e guerre mondiale.

Sisyphe-carnet d'André Poulin

Sisyphe-carnet d’André Poulin

C’est d’ailleurs Sisyphe, ce héros légendaire condamné à monter éternellement  un rocher, que représente le logo de Google consacré au centenaire de Camus. Punition du héros grec pour avoir ridiculisé la mort et s’être révolté contre Zeus, le le roi des dieux de l’Olympe. Camus n’a jamais connu son père, tué pendant les premiers mois de la guerre 14-18, le génocide de la première guerre mondiale, la « der des der » comme on le croyait à l’armistice. Et puis, du fond du précipice, le Sisyphe de l’humanité a remonté la pierre de la haine jusqu’à un nouveau sommet de l’horreur et de l’absurde avec la 2e guerre mondiale, moment où Camus a publié son essai toujours hélas d’actualité.

L'absurdité de la guerre toujours renouvelée de génération en génération

L’absurdité de la guerre toujours renouvelée de génération en génération

Car là se trouve toute l’absurdité de la condition humaine : refaire inlassablement le même cheminement, les mêmes erreurs destructrices sans avoir rien appris ni rien compris. « je vois le bien, je sais que c’est le bien et pourtant je fais le mal » écrivit Ovide dans « Les tristes ». Mais pourquoi cette malédiction de Sisyphe pèse-t-elle sur l’humanité ? C’est ce que Camus essaie de comprendre à travers son oeuvre prolifique. Sa forme d’intelligence propre à l’humain le pousse irrésistiblement à trouver un sens à sa vie et à la structurer selon les règles de la logique, et de la rationalité. Mais toute sa cohésion s’effrite en l’absence de réponse à son questionnement d’un univers dont il ignore tout de son origine, de son principe et jusqu’à sa raison d’être. Et c’est ce vide entre la soif de comprendre et l’absence de réponse du monde qui plonge dans la confusion l’humanité jusqu’à la déraison. « Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu’il m’est impossible pour le moment de le connaître. Que signifie pour moi une signification hors de ma condition ? » (mythe de Sisyphe) mythesisypheEt l’homme désespéré cherche à se sortir de cet absurde dilemme en fuyant vers le surnaturel, le merveilleux, le divin. Mais ce n’est qu’un échappatoire qui ne fait que reporter dans un ailleurs et dans un après les questions et les problèmes de maintenant et d’ici. Alors, il ne reste plus pour Camus qu’à se révolter contre cet absurde pour ne pas s’abandonner dans le suicide aussi stupide que le geste de Gribouille qui se jette à l’eau pour ne pas être mouillé par la pluie. Il écrit donc SA solution dans un autre essai : l’homme révolté. Mais ce n’est pas une révolte haineuse comme on a coutume de la concevoir, qui pousse le terroriste à détruire son prochain et qu’il a fortement dénoncé dans ses articles du journal Combat. l'homme révoltéC’est plutôt la révolte à la Sisyphe contre la mort qu’il contourne en se moquant d’elle. Refus chez l’homme révolté de Camus de se laisser terroriser et paralyser par un futur imprévisible dont seule l’issue est inéluctable et prévisible mais sans en connaître le jour ni l’heure. « La mort n’a pas besoin d’être justifiée, seulement la vie » écrit-il dans l’homme révolté. L’homme révolté en refusant l’échappatoire de l’hypothétique vie éternelle promise par les religions, se contraint à assumer pleinement et à affronter sa mortalité. Et par là à se libérer dans l’action de vivre des contraintes qu’il s’impose lui-même par projection vers un improbable futur. Par l’action et non par l’évitement, l’homme révolté devient maître de sa vie en acceptant sa condition où « tout l’être s’emploie à ne rien achever » (mythe de Sisyphe).  La révolte de Camus pousse à agir plutôt qu’à se replier dans l’appréhension de l’inéluctable. Sa révolte est la réponse de l’intelligence au silence et à l’indifférence passive du monde dans lequel elle vit. Et la vie même de Camus n’est qu’une confirmation flagrante de sa pensée.

Albert Camus à 7 ans en tablier noir

Albert Camus à 7 ans en tablier noir

Imaginez cet orphelin de père assassiné par l’absurde mécanique des alliances politiques et des traités. Imaginez cet enfant élevé par une mère sourde et presque muette, complètement illettrée. Imaginez cet enfant des bas quartiers d’Alger vivant toute son enfance dans une misère extrême. Imaginez-le petit atteint d’une maladie incurable alors, la tuberculose.

Camus au premier plan avec le foulard avec son équipe de foot (soccer) avant que la tuberculose ne l'empêche de jouer comme gardien de but.

Camus au premier plan avec le foulard avec son équipe de foot (soccer) avant que la tuberculose ne l’empêche de jouer comme gardien de but.

Et malgré tous ces malheurs, déjà s’active en lui cette révolte encore inconsciente contre tant d’absurdité. Sa mère ne sait pas écrire, alors l’écriture devient son arme de combat. La beauté de ses rédactions pousse son instituteur de quartier à le préparer gratuitement à un concours d’entrée au secondaire qui lui donnera une bourse d’étude et ceci contre l’avis de toute sa famille qui voudrait plutôt l’envoyer gagner cet argent qui manque tant à l’usine comme les autres enfants de son âge. aalbert-camus signature

Camus et ses 2 enfants

Camus et ses 2 enfants

Et voici que ce fils d’illettrée a réussi à gagner sa vie et sa célébrité par les lettres; à vaincre la misère qui lui était prédestinée à sa naissance pour devenir un philosophe et un écrivain internationnalement reconnu et célébré. Mais plus encore, ce n’est pas la tuberculose qui l’a tué, même si elle s’y est essayé par deux fois, mais un absurde accident de voiture alors qu’il ne conduisait même pas. Comble de l’absurdité n’est-ce pas ? Et pourtant, pourtant sa réponse à l’absurde est là ! Par delà la fatalité, par delà la mort, son intelligence survit à travers son oeuvre d’homme révolté pour le rendre immortel !!!!

  

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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