Le pouvoir de l’image.

T-Bear rangeait des papiers et des livres qui dataient du deuxième tiers du dernier siècle du premier millénaire. Il faut bien dépoussiérer de temps en temps, ne serait-ce que pour faire le tri. Et une caricature pliée tomba d’une antique brochure.

caricature retrouvée par hasard de Ben A... par T-Bear

caricature retrouvée par hasard de Ben A… par T-Bear

Pourquoi parmi des centaines disparues à jamais avait-il gardé celle-ci qui n’était pas la meilleure ? Probablement le hasard. Elle fut disponible au bon moment pour marquer une page. Une horde sauvage de souvenirs se bousculèrent dans ses neurones. Cette histoire se passe en 1980 au chantier de Fontange qui venait d’ouvrir et où T-Bear dirigeait le laboratoire de contrôle de qualité des matériaux utilisés pour construire.

La région du lac Fontange- rivière Laforge et rivière Caniapiscau

La région du lac Fontange- rivière Laforge et rivière Caniapiscau

La direction du projet de construction lui-même avait été confié à Benoit A… dit Ben, un véritable dictateur qui terrorisait ses employés et ses inspecteurs. Appartenant à une autre firme d’ingénieur conseil, T-Bear et son équipe de techniciens en mécanique des sols étaient relativement indépendants et à l’abri de sa malfaisance. Relativement car le contrôle de la qualité entrait souvent en conflit avec la production qui avait un programme et un calendrier à respecter. Jusque là, T-Bear avait réussi à faire bien accepter ses conseils par les différents chefs de projet avec qui il avait eu à faire.

construction des centrales Brisay-Laforge

construction des centrales Brisay-Laforge

Mais dans ce cas ci la convivialité de T-Bear avait uniquement persuadé Ben que « le maudit Français » n’était qu’un flagorneur facile à dompter. L’inéluctable affrontement eut lieu dans le bureau du tyran au sujet d’un matériau granulaire inacceptable mais de production facile que T-Bear s’obstinait à refuser avec raison. Le despote convoquât T-Bear  dans son bureau pour le menacer d’un arbitraire mais impossible renvoi.

T-Bear en colère

T-Bear en colère

La colère submergea en un puissant tsunami le gros ours qui assenât un coup de poing sur le bureau en faisant valser crayons et stylo et qui lui hurla en pleine face ses 4 vérités. Le ton montât très vite et T-Bear l’avertit que s’il s’acharnait dans son erreur professionnelle T-Bear se verrait tenu de faire le rapport sanglant qui s’imposait. Évidemment ce diable ne tint pas compte de l’avertissement et T-Bear mit sa menace à exécution en envoyant le rapport non seulement à sa firme d’ingénieur conseil mais au supérieur hiérarchique directe de Ben avec qui T-Bear avait déjà travaillé dans un respect et une bonne entente mutuelle. Le führer en fureur dût plier. Il eut le malheur de vouloir se venger sur les membres de l’équipe à T-Bear. C’étaient des techniciens que T-Bear avait choisi et avec qui il travaillait depuis 2 ans en confiance et dans une excellente ambiance. rouleau-compresseurAlors l’ours T-Bear chargea, mais à sa manière, en rouleau compresseur et en se servant de son talent de caricaturiste. Chaque matin, dès l’ouverture du secrétariat du « chef », T-Bear arrivait avec une cruelle caricature qu’il épinglait au panneau d’affichage et en distribuait des copies à tous ses auxiliaires ravis. Son thème favori était de personnifier Ben en Benito Mussolini, le dictateur Italien.

Affiche fasciste de Benito Mussolini

Affiche fasciste de Benito Mussolini

Une copie était affichée aussi à la cafétéria aux vues et aux sus de tous les ouvriers et employés du chantier. Benito avait beau se démener en arrachant les affiches et en menaçant tous les malheureux qui en cachaient, le mal était fait et ses rages passaient pour de la bouffonnerie dégradante tandis-que T-Bear gagnait en popularité. Un jour, n’y tenant plus, le dictateur appela T-Bear en lui criant au téléphone :

– je t’interdis de faire des caricatures. Compris là, sinon je porte plainte !

T-Bear raccrocha sans lui répondre, se déplaça jusqu’au bureau dictatorial pour lui hurler en pleine face et devant tout le monde :

– Et moi, je t’interdis de harceler mon équipe. Compris là, sinon je porte plainte !

Et T-Bear partit en claquant la porte, au milieu des regards baissés mais jubilants du personnel du secrétariat. Même si le Benito en lui était un assoiffé de pouvoir et de vengeance, le Ben intelligent lui fit comprendre qu’il valait mieux négocier que de perdre la face et sa réputation. En effet l’affaire avait était reportée aux oreilles de son supérieur qui le détestait et en appréciait d’autant plus T-Bear. Il dut aller à Canossa.

L'empereur germanique Henri IV obligé de s'humilier à Canossa devant le Pape Pape Grégoire VII

L’empereur germanique Henri IV obligé de s’humilier à Canossa devant le Pape Pape Grégoire VII

Ce fut au tour de Ben de se déplacer vers le bureau de T-Bear discrètement pour lui proposer la paix. T-Bear décréta un armistice tout au plus qui pourrait déboucher sur une paix à condition que Ben respectasse TOUS LES MEMBRES du laboratoire sol. T-Bear suspendit ses caricatures et la paix fut tacitement conclue quelques mois plus tard quand T-Bear appelé en arbitrage prouva que l’erreur en cause ne pouvait incriminer Ben au lieu de l’accabler. Et la bonne entente régnât entre les deux autorités pour le plus grand bien du chantier.

Le pouvoir de la caricature avait vaincu par l’image la force du despotisme. 

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre  aujourd’hui : Cumul des mandats  

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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