Comme quoi l’alcool ne tue pas toujours

Où comment l’alcool sauva T-Bear d’une mort certaine sans qu’il en ai bu une seule goutte.

« Un beau matin à la fraîche, Ah lala, comme elle était fraîche…… Ah lala comme il faisait frisquet … »

comme le chantait Nana Mouskouri et Jacques Douai

levé de soleil vers 10h30 – photo T-Bear

(cliquer sur la carte et les petites photos pour les agrandir)

route Matagami – Radisson – archives

Pour faire frisquet, il faisait plutôt « frette » par -35°c en ce 29 décembre 1972. Il était 7h du matin à Matagami au garage d’Hydro Québec, société d’état du Québec pour laquelle travaillait T-Bear en ce temps là. La seule camionnette à bien vouloir démarrer fut un gros International à roues arrières jumelées avec double réservoirs pleins.

De quoi tenir largement les 450 km allé-retour qu’il devait parcourir pour remplir sa mission. En fait de mission, T-Bear devait récupérer des carottes de forage qu’avant Noël les foreurs avaient laissées en passant au campement R7 au km 257 de la future route Matagami – Rivière Rupert.

carottes de roche – archives

Si les carottes de roche n’avaient rien à craindre du gel, celles de sol par-contre devaient être ramenées d’urgence pour analyse en laboratoire, travail de T-Bear. Mais, c’était aussi une excellente occasion d’amener aux travailleurs de ce chantier l’antigel indispensable au party de fin d’année. Car c’était le seul campement qui ne devait pas fermer cet hiver là, même pendant les fêtes. Comme la vraie route était en construction, celle qu’emprunta T-Bear était en fait un large chemin de terre et de neige battue, consolidé par la glace qu’on appelait pompeusement « route d’hiver ».

route d’hiver – photo purplelizard

Entre Matagami et le campement, elle serpentait à travers un désert blanc sans âme humaine qui vive. Si Matagami et le campement étaient reliés par radio, celle de la camionnette n’avait qu’une vingtaine de kilomètres de portée. Ce qu’entreprenait T-Bear seul à bord était donc de la folie pure, comme la suite le démontrera. Mais, T-Bear a toujours été téméraire et, à cette époque là, les mesures de sécurité étaient pratiquement inexistantes. Depuis son départ de Matagami, T-Bear avait maintenu l’excellente moyenne de 40 km/h et pensait arriver vers 13h au campement. Il comptait y déjeuner, fêter avec les autres et y dormir pour ne prendre la route du retour que le lendemain.

soleil de midi Baie James – photo purplelizard

Il était presque 11h et le soleil commençait à lever péniblement la moitié de sa paupière quand tout d’un coup un éclatement suivi d’embardées stoppa la camionnette. Un caillou pointu figé dans la glace avait déchiré le pneu avant droit. Qu’à cela ne tienne, il suffisait de le remplacer. Avant de procéder, pensant qu’il n’aurait qu’une demi-heure de retard, T-Bear se donna des forces en dévorant le sandwich qu’il avait emporté comme provision de route.  Après avoir vidé la moitié de son Thermos de café, il se mit au travail sans arrêter le moteur bien entendu. Le vent soufflait fort et, avec le facteur éolien, la température avoisinait les -50°c, obligeant T-Bear à remonter souvent pour se réchauffer dans la camionnette.

roue bloquée par la glace – photo purplelizard

La roue crevée venait d’être démontée quand le drame survint. La ridelle arrière du plateau était coincée par la glace. T-Bear dût monter sur le garde-boue arrière pour récupérer la roue de secours dans le plateau. En la redescendant, en même temps qu’il constatait qu’elle était à plat, ses pieds dérapèrent de sur le garde-boue. En s’accrochant à la ridelle de côté, il donna une secousse au camion qui fit tomber le cric et gîter le véhicule. Le mouvement de torsion pour se raccrocher ne convint pas du tout non plus à la colonne vertébrale de T-Bear qui se retrouva les 4 fers en l’air avec un sérieux tour de rein. Après avoir copieusement rejeté son sandwich sous l’effet de la douleur, T-Bear se traîna jusqu’à la cabine de la camionnette où il s’effondra dans un bien piteux état. 

Photo pourvoirie Mirage Baie James

Photo pourvoirie Mirage Baie James

Il était presque midi quand T-Bear reprit assez d’esprit  pour évaluer à peu près l’ampleur du désastre. Les collègues du camp prévoyaient probablement l’arrivée de leur dévoué convoyeur d’antigel aux alentours de 13h. Ils ne s’inquièteraient pas trop jusqu’à 14h, voir 15h, moment où il faisait déjà nuit au delà du 52e parallèle.

Le soleil se couche vers 15h au moment du solstice d'hiver - photo du site "peuple loup"

Le soleil se couche vers 15h au moment du solstice d’hiver – photo du site « peuple loup »

Le temps que le poste de Matagami réagisse, surtout en période de fêtes, il serait bien étonnant que les rares responsables de service envoient un hélicoptère, surtout avec ce froid. Leur restait donc l’unique solution d’expédier un autre véhicule à la recherche, ce qui rendait les secours possibles vers 18h, Donc six longues, longues heures à attendre au milieu de nulle part avec un bon tour de rein, sans provisions et sans autre liquide qu’un 1/2 Thermos de café (l’équivalent de 2 mugs).

Vue aérienne d'un petit morceau de la Baie James qui fait 1 fois 1/2 la France comme superficie - Photo Boréal

Vue aérienne d’un petit morceau de la Baie James qui fait 1 fois 1/2 la France comme superficie – Photo Boréal

Et l’alcool direz-vous ?  Justement, par ce froid glacial, la consigne était de ne pas y toucher. En effet, si l’alcool donne l’illusion de réchauffer sur le moment,  il ralentit toutes les fonctions et crée inversement une sensation d’hypothermie après l’euphorie, d’où le besoin d’en reprendre, jusqu’à ce que mort s’en suive. T-Bear fut tenté, surtout au début, pour anesthésier la douleur. Mais un 6e sens lui ordonna d’être raisonnable et, heureusement pour lui, il le fut.

Suite au prochain billet.

Comme il ne reste presque plus de photos de cette époque à T-Bear, celles qui sont attribuées à « purplelizard » proviennent de ce site magnifique où l’auteur suivi (sans le savoir) sur les traces de T-Bear, 35 années plus tard.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre aujourd’hui : Pourquoi le Prince Charles serait-il souverainiste. 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour Comme quoi l’alcool ne tue pas toujours

  1. Waouhhhhh quelle histoire ! la suite ! la suite ! Bon, comme vous la racontez vous-même, pas de panique, vous vous en sortez vivant … donc elle a une fin heureuse cette histoire.

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  2. tbearbourges dit :

    Et oui, j’en suis sorti vivant. Mais quelle initiation !!!

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