Contes faferlus : la poigne du fantôme.

« QUE » la montagne est noire.

Il y a aussi une Montagne Noire près de St Donat dans les Laurentides au Québec.

Montagne noire du Québec

Montagne noire du Québec

Mais ce n’est pas là que se déroule cette épeurante histoire de fantôme. Elle s’est passée la nuit de la Toussaint (On parlerait de la nuit de Halloween au Québec) entre le 31 octobre et le 1er novembre 1948 dans le plus noir du massif de la Montagne noire tout au sud de la France. Faut vous décrire l’endroit et ses habitants pour vous mettre dans l’ambiance.

Situation de la Montagne Noire en France

Situation de la Montagne Noire en France

C’est une chaîne de montagne qui s’est formée au moment où notre mère la Terre accouchait des Pyrénées un peu plus au sud. Et les contractions durant l’enfantement furent telles qu’elles plissèrent sans dessus dessous la peau terrestre de la région. Le vieux granit ressuscita en inhumant la jeune roche. Comme si la mort enterrait la vie. À l’est, en descendant par la scabreuse route de St-Chinian vers Bézier et Narbonne au bord de la mer Méditerranée, on découvre son climat chaud et aride. Au centre du massif, une dense forêt brumeuse varappe entre les plis et replis vertigineux froids et humides de la roche noire jusqu’à 1200m d’altitude. Parvenue au sommet, elle dévale arcboutée dos au mur  vers la plaine doucement vallonnée du Toulousain et de l’Albigeois dans le climat verdoyant de l’Atlantique.

les Bûchers sur lesquels les "Papistes" brulèrent des millier d'hérétiques au nom de l'amour de Jésus.

les Bûchers sur lesquels les « Papistes » brûlèrent vifs des milliers d’hérétiques au nom de l’amour de Jésus.

Terre de brouillard comme résidu de la fumée des bûchers. Terre tourmentée, terre de sang où se sont massacrés au cours des millénaires dans la folie humaine Cro-magnon et Neandertal, Wasques et Celtes, Ibères, Romains, Wisigoths, Sarrasins, Occitans et Français, Catholiques contre Cathares et Protestants, maquisards et miliciens. Et au milieu de ces déchirements paissent encore de paisibles troupeaux moutons… que les hommes écorchaient autrefois pour la laine et pour le cuir acheminés vers les tanneries de Mazamet ou les mégisseries de Graulhet. Autrefois car les délocalisations du XXIème siècle ont ruiné ces industries. De nos jours, l’amour du fromage prolonge la survie des bergeries.

Porteurs de gigots, de laine et de cuir de la Montagne Noir

Porteurs de gigots, de laine et de cuir de la Montagne Noir

Malgré tout, au plus creux comme au plus haut de cette montagne noire s’accrochent des villages pas tout à fait comme les autres. Entourés de quartiers dortoirs neufs, des maisons médiévales s’agenouillent tantôt devant une église catholique, tantôt devant un temple protestant. Certaines bourgades sont même séparées par la route qui les traverse, comme ici entre St Machin, bastion des catholiques, et Machin, forteresse protestante. Évidemment, ces 2 noms n’existent sur aucune carte car le narrateur les a changés pour préserver l’anonymat de ces braves gens.

Village typique de la Montagne Noire

Village typique de la Montagne Noire

Quand un habitant de St Machin rencontre par hasard un de Machin, il l’apostrophe d’un claironnant « Hé, le parpaillots ! » et l’autre de lui répondre « Hé le papiste !« . Pourtant la laïque école communale commune aurait dû mettre fin à ces ancestrales querelles de clocher, les réunir sous l’aile du même « providentiel » État. Mais on ne balaie pas avec rien presque mille ans de haine réciproque au nom du même Dieu et du même messie d’amour. C’est sur ces terres trempées de sang que la terrible inquisition avait pris naissance. Et les tisons des bûchers ne sont pas encore tout à fait refroidis.

roquebilliere-le-nfAttention, ne font absolument pas partie de la communauté de souche les nouveaux venus, ces nomades du travail qui assiègent depuis quelques années les deux vieilles cités avec leurs maisons préfabriquées de banlieues. De toute manière on n’a même pas le temps de les apprivoiser qu’ils se sont envolés vers d’autres appels de l’emploi. À chaque printemps on voit fleurir dans leurs jardinets gazonnés les pancartes « à (RE)vendre. Les sédentaires locaux de vieille race les appellent « LES PARISIENS » même s’ils viennent des 4 coins de France et maintenant d’Europe. profilspaysansProtestants comme catholiques les IGNORENT en surface tout en les épiant en profondeur pour mieux médire dans leur dos. Pourtant les enfants de ces « migrateurs » du boulot ont ressuscité l’école communale et les commerces locaux… en attendant la construction de supermarchés. Ils ont aussi contribué à faire restaurer les routes et les rues, ouvrir une pharmacie et un centre de santé. Mais ces instables sans foi ni bonnes manières resteront à jamais des étrangers pour les natifs.

cité chambresEt puis, à travers tout ça, il y a les quelques vacanciers sédentaires qui ont été les premiers à s’incruster dans les 2 villages il y a plusieurs décennies. Tombés en amour avec le pays et ses habitants, ces fadas fortunés ont racheté des ruines pour les restaurer. Il y a eu les Allemands, puis les Anglais, puis les Hollandais. Affables et très polis la plupart n’ont pu réellement être intégrés à cause de la barrière linguistique.

Barrière linguistique

Barrière linguistique

Et depuis 5 ans déjà arrive à l’automne pour 6 mois LE CELUI qui parle le français avec un accent bien drôle : LE CANADIEN. Pas gêné pour un sou, il se mêle jovialement à tout le monde en les tutoyant. Paraît que c’est la coutume chez eux et en plus il est artiste, il joue de la guitare en chantant des airs de par là bas. Alors on accepte ses excentricités et on a plaisir à causer avec lui pour l’instruire des vraies affaires.

Le Canadien errant

Le Canadien errant

« Que ici, Monsieur le Canadien, les guerres de religions elles sont pas loin. Qu’il suffirait de pas grand chose pour rallumer le feu. Et pas contre les Arabes ou les Juifs, non Monsieur, entre chrétiens… si on peut appeler les papistes des chrétiens avec toutes leurs idoles. »

Ainsi parlait le vieux boucher charcutier à la retraite de Machin. Son fils avait repris le commerce et travaillait avec sa femme, croix huguenote bien en évidence dans son corsage. Le père venait souvent tôt le matin donner un coup de main et en fin de matinée, il s’asseyait pour causer en langue occitane avec la clientèle.

Mais pour un étranger comme LE Canadien, il reprenait son français dont l’accent chantant roulait comme un ruisseau de galets le long d’une pente. Après un certain temps, le Canadien avait fini par comprendre à peu près tout sans paraître trop « niaiseux ».

Toute ressemblance avec les personnages du conte sont fortuites

Toute ressemblance avec les personnages du conte sont fortuites

Comme dans beaucoup de ces commerces artisanaux de village, des chaises sont alignées face aux présentoirs, dos à la vitrine pour que ceusses du dehors puissent voir les assis qui attendent leur tour. Et même s’ils n’ont rien à acheter, « QUE » ça ne les gênait pas pour autant d’entrer tailler une bavette (au figuré bien entendu). Le « QUE » en pays occitan commence presque toujours les phrases comme en catalogne ou en Espagne.

« Que, Monsieur le Canadien,  je m’en vais vous raconter une histoire que le cheveu il va vous dresser sur la tête et je ne galèje pas. (désignant une vieille femme) Rachel me reprendra si je dis pas la vérité vraie. (Rachel opine de la tête). Et bien d’autres vieux de mon âges vous le certifieront. »

T-Bear vous la contera demain à moinsse que le ciel ne lui tombe sur la cabessa, la tête.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre aujourd’hui : Patience à l’urgence.

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour Contes faferlus : la poigne du fantôme.

  1. Et encore une belle histoire, merci. Vous êtes un conteur génial. Je ne connais absolument pas cette belle région. Il faudra qu’un de ces jours, je monte dans mon auto et que j’aille la découvrir.
    Bon après-midi avec le soleil, j’espère.

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  2. tbearbourges dit :

    Je rougis sous les compliments. Merci. Oui, c’est une très belle région méconnue du tourisme car au temps des tanneries et mégisseries, ça puait. Mais depuis qu’elles ont été délocalisées, l’air y est redevenu pur. C’est la patrie de mes ancêtres et j’ai encore de la famille dans le Sidobre. Donc je connais bien cet endroit et la mentalité. Mais l’histoire est entièrement inventée, bien que la tension religieuse et les 2 villages soient réels. Bonne nuit.

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