L’incontournable imposture d’être : des marionnettes

(suite de et de et de et de et de)

« Ainsi font, font, font /les petites marionnettes/ Ainsi font, font, font/ 3 p’tits tours et puis s’en vont… »

chante mécaniquement ma maman devenue marionnette de bois. J’ai 3 ans. Je suis une poupée qui s’esclaffe  en suivant le rythme mécanique de chacun des genoux en bois de ma mère. Changement de plan, je vois mon père déguisé en soldat de plomb rejoindre une armée d’autre recrues. jouet-ancien-12-soldats-de-plomb-creux-1930-guerre-14-18-le-defile-3583404« Au pas camarade, au pas, au pas, au pas » scandent ces automates qui se dirigent au pas cadencé vers la guerre. Et puis le retour titubant du faux simili guerrier, guignol de la débâcle. Papa n’a été ni tué ni blessé ni fait prisonnier, il vacille parce qu’il est tout simplement… soûl. pinocchioChangement de perspective, c’est moi petit enfant en Pinocchio. J’apprends à mentir pour éviter les baffes et mon nez prend l’élasticité de mes mensonges. tb_cafardEt puis je me transforme en cafard quand je rapporte à ma mère ce que fait mon frère. Pour me venger de me faire cogner par lui qui a 3 ans de plus que moi et qui est jaloux de l’attention que me donne SA maman. ecolier1900Voici que je deviens un gavroche de la cambrousse en béret, pèlerine, tablier noir, culotte courte et chaussette longue qui se traîne comme une limace vers l’école communale. En nous tirant les oreilles en guise des ficelles du pantin, le « maître » tente de nous inculquer les principes de la comédie humaine. En même temps que la table de multiplication et les départements français, avec la panoplie des gros mots, le principal apprentissage vital devient la violence, la sournoiserie et la flagornerie.PETAINAu dessus de l’instituteur, le portrait du Maréchal Pétain nous apprend à admirer les Allemands et à haïr les juifs. C’est la guerre depuis 4 ans mais nous n’avons pas encore entendu le canon dans notre Montagne Noire, ni vu un uniforme. Les vainqueurs occupent ailleurs, au nord de la ligne. Nous sommes en France libre. 59---sabotagePas pour longtemps. Premiers sabotages des « partisans ». « Des terroristes » comme disent mes parents en léchant la propagande de Vichy. Dans le salon, Pétain, que maman trouve beau mais trop vieux, nous domine de son regard dominateur et glacial. Et toujours Mussolini dans la chambre conjugale. Fantoches qui vont disparaître bientôt. wermarthArrivée des soudards vert de gris. Les doryphores « qui viennent jusque dans nos bras égorger nos femmes et nos enfants. Aux armes, ô citoyens ! » et leur sang impure abreuva nos sillons. Libération. Des pantins mitraillettes en main poussent des poupées scalpées ou nues pendant qu’une foule de marionnettes pantomiment leur haine avec le même enthousiasme qu’ils chantaient « Maréchal Nous voilà ! » même pas 1 an avant, comme l’instit, celui qui crie le plus fort.

Bordeaux France 19 août 1944

Bordeaux France 19 août 1944

Et notre famille quitte en catastrophe un toit un peu trop brûlant pour nos polichinelles de parents qui n’ont pas su se convertir à temps. poupé1947. Une poupée vagissante investit le nouveau logement. Enfin la fille tant attendue ! Les jupes protectrices de MA maman se transforment en rideau de fer. L’usurpatrice m’en exclut en même temps que du cocon de mon enfance. tf-metamorphose-5Métamorphose de la chenille en chrysalide de l’adolescence. Bouffon qui tourne sur lui même comme toupie, déchiré  entre désespoir et extase, pulsions sexuelles et feu d’artifice d’idées et de rêves où je me faisais HÉROS en haut de l’affiche.

Venues des nues, tourbillonnent autour de moi des nuées de confettis comme ces nuages d’étourneaux dans un ciel de printemps. J’en attrape au vol, ce sont mes belles pensées du temps de mes illusions. Elles retombent en tas au son de la trompette guerrière. soldat claironRoulement de tambour et sonnerie du clairon capturent le papillon en train de sécher ses ailes avant son envol. « Au pas camarade, au pas, au pas, au pas » chante « la musique qui marche au pas (Brassens)« . paraElle n’est plus de plomb mais de plastique, cette chair à canon que l’on transporte outre Méditerranée pour une autre guerre. Comme papa, j’échappe au massacre inutile, planqué comme coiffeur de boules à zéro. boule à zéropar supercherie, j’usurpe l’habit du guerrier à mon retour pour impressionner les filles. En pénurie de garçons éliminés par la mitraille, elles tendent leur toile à tous les survivants pour les métamorphoser en futurs pères de famille et pourvoyeurs. La libération de la femme n’était pas encore à l’horizon. Et j’en profite, moi, le foireux rescapé. Mais tant va la cruche (moi) à l’eau qu’elle finit par emplir une fille. À l’époque, on ne plaisantait pas avec la « présomption de paternité » et les tests d’ADN n’existaient pas. Un homme se devait de « réparer » par le mariage. Du même coup, le papillon perdit ses ailes. metro-boulot-dodoMétro, boulot, un coup dans le nez, une petite vite le soir au fond du lit, dodo. Et tous les jours ça recommence. Je deviens un robot même plus pensant qui s’enfonce peu à peu dans les brumes de l’automne puis les froidures de l’hiver. Trois petits tours et puis s’en vont… LÀ ! driant-tombe-provisoire--25e0b18Mais c’est nul ! Mais enfin, bordel de merde, ma vie NE PEUT PAS être aussi minable que ça ! C’est trop facile de réduire mon vécu à ÇA, à cet horrible carnaval de dupes dépouillées de sentiments. Et toutes mes émotions et mes pensées, alors, où sont elles ? « Bonne question » Me répond la voix. Ah ! Je l’avais oublié celui-là. 

Mais qui es-tu Monsieur je sais tout ?

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine

en cliquant sur le logo ci-contre  aujourd’hui : Le MUR.

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour L’incontournable imposture d’être : des marionnettes

  1. Toujours aussi intéressant et bien illustré.
    C’est chouette d’avoir comme les enfants une histoire avant de dormir ! 🙂
    Bon futur thé bien chaud avec un petit gâteau par exemple.

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  2. tbearbourges dit :

    Bon petit thé chaud et beau dodod

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