L’incontournable imposture d’être : la danse nuptiale de la fiction avec la réalité

(suite et fin de et de et de et de et de et de)

… devant ma tombe, j’attendais avec impatience la réponse de LA VOIX quand ce fut celle d’un enfant qui me demanda : « Dis, tu veux jouer avec moi ? » Un petit garçon vêtu d’automne et au garde-à-vous levait la tête dans ma direction. ImpressionD’habitude et par principe, je déteste autant les enfants que les animaux de compagnie. Ces 2 catégories sont bruyantes, intempestives et vampirisent votre attention. Mais là, l’incongruité de cette présence m’a déstabilisé. fantômeÉtait-ce un mirage ? Ou bien le fantôme d’un enfant ? Ou bien un de mes arrière petits-enfants qui me conviait ? À la réflexion, à cause de son âge, il ne pouvait pas être un de mes descendants, d’autant plus qu’il parlait français avec un drôle d’accent. ImpressionLe petit être répéta sa question : dis, tu veux jouer avec moi ? Et après réflexion il ajouta : s’il vous plaît.  Il ne me plaisait pas, mais je ne sais quelle inepte émotion me fit littéralement fondre… et… j’accepta. Sautant de joie, il me prit par la main et nous nous retrouvâmes en plein été dans un carré de sable à jouer avec des figurines de monstres dans et autour d’un château fort de sable. carré de sableIl ne portait plus qu’un bermuda qui lui descendait en dessous des genoux. Et moi… et bien moi, j’étais habillé avec les vêtements ridicules de mon enfance. Mais après m’avoir jeté un coup d’oeil étonné, il n’en fit plus cas. Il commença à m’expliquer son jeu. Heureusement que je pus voir dans sa tête à quoi correspondait chacun des personnages. figurines monstresIls provenaient de plusieurs jeux électroniques dont des séquences défilaient sporadiquement et au besoin dans sa mémoire. Je fus choqué par la violence grotesque et extrême de ces images qui n’étaient incontestablement pas de son âge. Mais lui-même semblait trouver cela naturel, comme si on lui avait raconté le petit chaperon loup et le grand méchant loup. Pourquoi faut-il que les contes pour enfant soient aussi effrayants ?chaise longue 2N&BSoudain j’entendis une voix féminine demander : mais à qui tu parles ? Je vis alors une jeune femme d’une trentaine d’années en maillot de bain frisant la nudité étendue sur une chaise longue, avec un livre de poche à la main. « J’explique à mon nouvel ami mon jeu » répondit le bambin. « Mais il est OÙ ton nouvel ami ? » « LÀ ! » répondit-il avec agacement en me montrant du doigt. Mais incontestablement j’étais parfaitement invisible pour sa maman, ce qui me confirma que MOI, le disparu, j’étais bien dans le monde des vivants. Avec le sourire condescendant des grandes personnes elle questionna : et comment s’appelle-t-il ton nouvel ami ? « Benoît » répondit-il en haussant les épaules. Alors là, ça m’a scié. Comment pouvait-il savoir ? « Benoît ? – s’étonna la mère – c’est pas courant. Y a-t-il un enfant à la garderie qui porte ce nom ? ». Exaspéré, le petit cria presque : mais non, laisse moi jouer ! chaise longueLa mère reprit son livre en secouant la tête et en s’exclamant fièrement : Quelle imagination ! À ce moment là entra dans le jardin une fillette d’environ 6 à 7 ans. Dans l’esprit du petit, je perçus en même temps que c’était sa soeur Hélène et une hostilité certaine. Elle était suivie de son « amie »… translucide vêtue comme les petites filles modèles du XIXe siècle.

Fillette à la rose par Antoine Bourdel

Fillette à la rose par Antoine Bourdel

Quand cette dernière m’aperçut, elle se métamorphosa en une vieille vieille dame de la même époque qui me salua en se présentant : Comtesse de Ségur née Rostopchine. Instantanément elle redevint la fillette des temps anciens et se présenta à nouveau dans une révérence : Sophie de Rean.  Mais mais mais, pensais-je, vous ne pouvez-être en même temps l’auteur et le personnage du roman !

Comtesse de Ségur

Comtesse de Ségur

« Et pourquoi pas ? – me dit LA VOIX – Tu as bien été simultanément le minable coiffeur de la réalité et le héros imaginaire de la guerre d’Algérie, non ? » Son ironie m’expulsa du paradis terrestre du carré de sable. Je redevins… Mais qui ? Qui étais-je maintenant que j’étais mort… peut être depuis des siècles ? Complètement confus en même temps que mortifié, je me mis à hurler en répétant ma question :

– Mais qui es-tu à la fin ?

Oh là ! Oh là ! Ne te fâche donc pas comme ça. C’est pas bon pour ta santé.

Et en plus tu te fous de ma gueule. Les morts n’ont pas à se préoccuper de leur santé.

Physique ! Certainement. La mort est un long processus et ton corps est la partie visible de toi qui se détériore en premier. Et depuis, ta santé mentale est en train d’en prendre plein la gueule. Comme si le plus important dans un livre, c’était la couverture et non le contenu.

Mais vas-tu à la fin répondre à ma question ?

– Oui, il est temps que tu le saches. Je suis ton créateur.

DIEU ?

Superpapa ou autre démiurge ? Pas du tout. Non, je suis l’auteur de tes jours.

Papa ?

Oui et non. Au propre, peut-être suis-je ton père à travers  son spermatozoïde victorieux. Mais il s’était déjà détaché de lui et donc il ne lui appartenait plus. Quand au figuré, au jour le jour, je suis l’auteur de tes fictions.

Mais qu’est-ce que c’est que tout ce charabia ? Voudrais-tu dire que je suis un personnage de fiction et que tu en es l’auteur ?

Dans le monde de l’enfance où est la frontière entre monde réel, personnage imaginaire ?

Jin LingÀ ce moment là, j’entendis l’écho de pas s’approcher comme dans les couloirs noirs des filmes fantastiques. Un écran géant s’illumina et fut traversé par un personnage dont la tête apparut en dernier et c’était

MOI !

Je sus tout de suite que c’était moi. Mais un moi indéfinissable en perpétuel changement dans une fluctuation de couleurs et de sensations diverses. Alors mon MOI d’ici et ce MOI  là fusionnèrent et, comme Alice, traversèrent le miroir du mot

FIN 

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine

en cliquant sur le logo ci-contre  aujourd’hui : Les foudres des économistes ne font plus peur.

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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4 commentaires pour L’incontournable imposture d’être : la danse nuptiale de la fiction avec la réalité

  1. Ah zut alors, c’est fini … je m’y étais bien habituée. Super imagination et bravo pour l’écriture, j’admire.
    Après cette journée pluvieuse : un crachin pénétrant très désagréable, je vais aller, après un petit moment de télé, me glisser sous la couette.
    Bon mercredi après-midi à vous.

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  2. tbearbourges dit :

    Il faut que je trie et range tout un tas de photos et de filmes que j’ai pris, entreposés en vrac dans mes disques durs mais ni triés ni classés. Aussi, à partir de lundi, je ressortirai des archives d’autres contes faferlus pour les publier à nouveau. comme ça, vous ne manquerez pas de lecture 🙂 et ça me donnera quelques vacances d’écriture, à moins d’extraordinaire.
    Ici, il fait toujours en dessous de -10° le jour et – 20° la nuit sans compter le ressenti à cause du vent. Demain soir, ça devrait se radoucir un peu et remonter la nuit jusqu’à -5° avec de la neige, reliquat de la fameuse tempête qui a évité New York mais qui frappe depuis hier nos côtes Canadiennes.
    Bonne nuit sous la couette et bon jeudi.

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