Mirza : le ras-le-bol du con berger

Il était une fois un berger qui aimait une jeune brebis d’amour tendre. Comme pour Mr Seguin sa chèvre, il l’avait baptisée Blanquette. Peut-être au fond parce que c’est comme ça que finirait un jour la petite chérie quand elle viendrait à perdre inexorablement ses charmes en vieillissant. 

Le berger avec sa chérie dans les bras

Le berger avec sa chérie dans les bras

Cette situation rendait jaloux le reste du troupeau et surtout le bélier, ça va de soi. Mais aussi Mirza, la chienne à tout faire du berger. En elle, grondait la contestation syndicale. Pendant que MONSIEUR cajolait et minouchait sa Blanquette, c’est elle qui se tapait tout le travail sans même qu’Il reconnaisse ses mérites, sans même qu’il paie ses heures supplémentaires d’une caresse ou de quelques miettes de plus.

Mirza

Mirza

Contrairement aux préjugés, les moutons préfèrent le canin à l’humain. Il sont au même niveau, se comprennent et bien plus souvent qu’on le pense transforment le travail en jeu. Tandis que l’homme les tond, hypertrophie les mamelles en trayant leur lait, vend leurs petits et finit toujours par leur passer le couteau sous la gorge. Aussi, une nuit sans lune où le berger inconscient dormait avec Blanquette (uniquement pour se préserver du froid), il y eut conciliabule entre chienne et brebis d’où fut planifié la perte de Blanquette.

Blanquette

Blanquette

Au retour du pacage le lendemain à la brunante, le berger cheminait en tête en jouant de son pipeau comme il se doit. Les moutons bêlaient à qui mieux mieux comme d’habitude en faisant pleuvoir leurs sabots sur le chemin, pendant que Mirza en queue jappait ses ordres aux vieilles brebis comme de coutume : mères gardez-vous à droite, mères gardez-vous à gauche. Tout paraissait on ne peut plus normal… sauf que rendu à l’enclos quand le berger appela comme d’habitude Blanquette pour qu’elle lui serve de bouillotte, elle ne répondit point à l’appel. Il interrogea Mirza qui, la langue pendante et moult battements de queue fit semblant de fouiller le troupeau avec lui pendant que ce dernier se répandait en protestations assourdissantes. Mais de Blanquette, point. berger-de-moutonsDésespéré, Mirza sur ses talons, il refit en sens inverse dans la nuit le chemin vers le pâturage en hélant d’une voix déchirante le nom de la brebis que le berger aimait. Cependant, sans qu’il s’en rendit compte, Mirza le quitta bientôt pour retourner surveiller ses ouailles imprudemment laissées à l’abandon par ce con de berger qui se croyait bon d’aller chercher UNE seule brebis égarée en délaissant les autres.

Pauvre pauvre Blanquette

Pauvre pauvre Blanquette

Le berger était arrivé à mi chemin quand il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit. C’était une blanquette en déroute qui se traînait sanglante sur le bord de la route et qui criait « à boire, à boire par pitié »… Enfin, c’est comme ça que le berger l’entendit. Blanquette !!! S’écria-t-il en se jetant éperdument sur son blanc manteau maculé de sang. Heureusement, elle n’avait rien de cassé. Mais pour épargner à la pauvrette toute fatigue, il la mit tendrement en étole autour de son cou. 04 MOSAIQUE LE BON BERGER AQUILEIAAu retour elle lui raconta comment la tragédie s’était passée. En cas de danger, tous les êtres sans défense de la même tribu, qu’ils soient poissons, oiseaux ou herbivores, s’agglutinent en tourbillonnant pour se défendre des prédateurs. Il y a une organisation très stricte dans ce qui semble à l’ennemi un chaos. Ceux à l’intérieur dégagent vers l’extérieur en un mouvement centripète pendant qu’inversement ceux de la périphérie centrifugent vers le milieu. Les bêlements sont là pour s’organiser.

Normalement, le chemin du retour étant sécuritaire, c’est la structure hiérarchique routinière qui est de rigueur dans le troupeau : la douairière en tête, les brebis adultes flanquant les ados et les agneaux au centre, le bélier en arrière garde avec Mirza sur ses traces. Or ce soir là, un ordre de formation d’urgence fut murmuré de la tête à la queue et le centre commença à tourbillonner.

Seulement quand vint le tour de Blanquette d’être en bordure, Mirza fonça soudain pour l’écarter du troupeau et elle tomba dans le ravin. Heureusement, un bosquet providentiel d’épineux l’accueillit dans ses bras dardés ce qui lui provoqua ces affreuses écorchures. Le temps de se dégager de ces tentacules crochues, le troupeau était bien loin et la nuit tombée. Elle se mit à larmoyer en morvant copieusement sur les épaules du Berger. Tout le long du chemin de retour, celui-ci la rassura tout en grommelant qu’il allait faire payer très cher à Mirza son incompréhensible attitude.

Bergerie déserte - photo Sandrine

Bergerie déserte – photo Sandrine

Mais quand ils arrivèrent à la bergerie, point de troupeau ni de Mirza. Ils avaient disparu corps et âme…

prochainement la suite

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui : l’arroseur arrosé.

 

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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3 commentaires pour Mirza : le ras-le-bol du con berger

  1. Oh ! La vilaine jalouse de Mirza ! Encore une belle histoire avec de belles illustrations.
    MDR la coiffure de Blanquette, elle pourrait nous donner l’adresse de son coiffeur…:-)
    Après une magnifique journée et un bon 9°, soirée calme et bon gros dodo de marmotte.
    Bon lundi après-midi.

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  2. tbearbourges dit :

    Malheureusement, Blanquette ayant terminé sa vie en méchoui, impossible de vous donner l’adresse de son coiffeur.
    La suite de l’histoire vous montrera que c’est par soucis de son troupeau que Mirza a agi. Il vaut mieux une vraie démocratie que d’être dirigé par des pourris. Sont tellement plus sages, les animaux 😀
    Il a beaucoup neigé cette nuit avec un redoux qui a fait remonter le thermomètre à -12° Hélas, à partir de mercredi, on redescend vers les -25°, mais les jours rallongent.
    Bonne nuit et bon mardi

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