Mirza : la longue marche et rencontre du 3e type

(suite de Mirza : vive le mouton… libre !)

Or donc, Mirza grimpée sur le rocher du conseil leur tint ce discours, ponctué comme il se doit par l’approbation répétitive d’une foule conditionnée.

Mirza : Moutons ! Je vous ai compris !!! (bèèèè)  Vous ne voulez plus qu’on vende vos agneaux.(bèèèè) Vous ne voulez plus être tondus jusqu’à l’os. (bèèèè) Vous êtes tannés d’y laisser votre peau. (bèèèè) Vous ne voulez plus être mangés même en méchoui. (bèèèè) Vous voulez vivre et prospérer en paix. (bèèèè) Et bien, Moutons, suivez-moi ! (bèèèè)

Border-Collie-breedMirza descendit de son rocher et prit la direction à contrevent (pour mieux flairer la venue de l’adversité) qui, ce jour là, venait d’ouest. Le troupeau bien discipliné commençait à la suivre en se formant quand s’arrêta pile l’ancêtre des brebis qui avait pris la tête comme d’habitude. Chacun rentra dans l’autre. Le bruit du carambolage fit se retourner Mirza. Quand l’ancêtre finit par se dégager, elle fit front à Mirza et lui dit.

L'ancêtre

L’ancêtre

L’ancêtre : pas question que l’on te suive aveuglément. Nous sommes peut-être des moutons mais pas des imbéciles. Tu as toujours appuyé le pouvoir contre nous, alors pourquoi te croirait-on maintenant ? Par quel accès soudain d’altruisme voudrais-tu nous sauver ? Hein ? Hein ? Bèèèè  approuva le reste du troupeau

Mirza : Moutons, l’heure est grave ! Surtout s’il ne retrouve pas sa chérie, quand le Maître va revenir, il va être dans une rage folle, pire que quand il se saoule. Mirza, votre servante, évidemment va y goûter mais surtout vous autres (bèèèè terrifié). Il va t’étriper, toi l’ancêtre pour faire un exemple (bèèèè clama l’ancêtre) et faire passer le blâme sur un ours ou un loup comme il l’a fait déjà à plusieurs reprises, pour camoufler la vente au noir de vos agneaux (bèèèè tremblèrent en choeur ceux-ci)

L’Ancêtre  : Tout le monde en conseil et que ça saute, moutons ! (bèèèè)

Mirza : C’est pas le temps de discuter, c’est le temps d’agir.

L’Ancêtre : Je suis l’ancêtre et responsable de ce troupeau, alors je dois réfléchir avant d’agir. Ce que tu dis a du bon sens, mais reste suspect. les humains ne mangent pas les chiens et une volée de plus ou de moins… tu en as reçues bien d’autres sans trembler pour autant. Alors pourquoi ce besoin soudain de quitter ton gagne-pain, ton toit, ton confort, ton petit ami Médor du troupeau voisin, pour risquer une telle aventure ? (bèèèè)

Mirza : parce que justement Médor m’a engrossée au printemps et que si j’accouche, le Maître va balancer mes petits dans la rivière comme il l’a fait la dernière fois. J’ai de la mémoire, moi ! Alors, je vais chercher un endroit tranquille où je puisse mettre bas, élever mes petits et moi même dans la liberté et non dans l’esclavage. Vive Mirza LIBRE !!!

L’Ancêtre : là tu parles et je te comprends (bèèèè). Mais je ne vois toujours pas pourquoi tu aurais la bonté et les ennuis de vouloir nous sauver à tes risques et périls ? (bèèèè)

Mirza : bien sûr, il me serait facile de me sauver et de vous laisser bêler de souffrance. Mais que serait un chien de berger sans troupeau ? Un pasteur sans ouailles. Un bélier sans brebis. (béééé) Une brebis sans agneau (béééé). Alors, je vous donne la chance de fuguer sous ma protection. (béééé) Bon, assez perdu de temps à parler. Je vous ai laissé une chance. Si vous ne la prenez pas, salut la compagnie.

Salut la compagnie

salut la compagnie

Pendant que Mirza s’éloignait en trottinant langue pendante, le cercle du conseil se réunit rapidement autour de l’ancêtre. Et puis le troupeau se mit en branle, l’ancêtre en tête, les adultes en boucliers de chaque côté, les agneaux au centre et le bélier en arrière garde. Très vite ils rattrapèrent l’astucieuse Mirza qui avait ralenti l’allure pour se laisser rejoindre. Car, comme elle l’avait dit, à quoi bon vivre sans une raison d’être ?Vaste_montagnesEt c’est ainsi que pendant deux lunaisons, Mirza et le troupeau errèrent par monts et par vaux à la recherche de la terre non promise mais tant souhaitée. En évitant toujours les chemins pour ne pas rencontrer d’humains, ils s’arrêtèrent dans bien des vallées pour se reposer un brin, le temps de le brouter et pour Mirza de dévorer quelques mulots ou un lapin en explorant les environs. Mais chaque fois il y avait un quelque chose qui clochait : proximité des humains ou manque de ruisseau ou de forêt ou de bonne prairie ou de garenne pour Mirza ou odeur de loups et surtout absence de caverne pour s’abriter l’hiver. Ils traversèrent ainsi plusieurs fois dans les 2 sens la frontière et des no man’s lands sans le savoir. DSCF5740De vertes, les feuilles passèrent aux couleurs flamboyantes de l’automne avant de se dépouiller d’une année. Mirza s’alourdissait de plus en plus et devait s’arrêter plus souvent, la langue anxieuse. Des agneaux étaient nés car même en chemin, le bélier continuait à justifier sa raison d’être. Tout ceci ralentissait le troupeau. Et puis un beau jour, la neige commença à fleurir sporadiquement monts et vallées. neige_villard_lans_17_nov_14Il fallait trouver quelque chose vite et à tout prix. Et c’est dans l’urgence qu’ils arrivèrent dans une combe perdue quelque part dans un non lieu. Il avait fallu franchir bien des cols et des montagnes enneigées pour y aboutir. Moutons et chienne étaient rendus au bout de leur souffle. Fini les temps où l’on pouvait faire la fine truffe en objectant des oui maiaiais… Les petits de Mirza poussaient vers la sortie sans intention de retour et l’urgence proclama c’est ICI, point final. montagnesÀ bien y regarder,  ce n’était pas si tant pire pour un refuge en désespoir de cause. La combe était bien protégée par les montagnes et hors de portée des véhicules humains. Ça humait fort le lapin, l’herbe était encore verte malgré la saison, il y avait un ruisseau, et même un trou à flanc de montagne. grotte5Une potentielle tanière ? Auraient-ils trouvé enfin leur Éden à la dernière minute ? Mirza laissa le troupeau dans la vallée et partit explorer la possible grotte. Bien qu’elle soit à contrevent, plus elle s’en rapprochait plus une odeur fauve inconnue énervait ses narines. Louvoyante, rampante, méfiante, ondulante, elle entra du bout des pattes tendues. Mirza rempanteLa sombre clarté de l’antre se transforma en noirceur au fur et à mesure qu’elle pénétrait plus avant dans ce qui commençait à devenir une véritable caverne. Mirza se coucha. Oreilles dressées, truffe en alerte, elle explora les lieux à longues goulées. Le fauve remugle venait du fond vers la droite. Une présence ni hostile ni amicale, plutôt paisible, presque endormie. Mirza se redressa en alerte, prête à bondir et jappa un bonjour. Un énorme grognement amplifié par l’écho lui répondit. Elle jaillit à l’extérieur et se retrouva devant les moutons avant d’avoir eu le temps de réfléchir. mirza méfianteCourageusement elle se retourna pour faire face pendant que le troupeau affolé démarrait à folle vitesse sa rotation d’urgence en éjectant le bélier qui atterrit front baissé à côté de la chienne. Cul en l’air, antérieurs pliés et babine retroussée, Mirza regarda se déployer la colossale forme floue qui se relevait lentement à l’entrée de la caverne. 

(suite au lundi 16)

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui : Swissleaks.

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour Mirza : la longue marche et rencontre du 3e type

  1. Quel suspens !
    Bravo pour le récit et son illustration, je me régale.
    Bon jeudi après-midi, bientôt le tea-time, alors… bon thé bien chaud.

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  2. tbearbourges dit :

    Merci à vous. C’est tout plein gentil de m’encourager comme ça. Le récit dr Mirza se poursuit lundi. En attendant, ce sera slurp miam miam demain et un poème pour la St-Valentin samedi et dimanche…
    Bonne nuit bien au chaud. Ici, ils nous annoncent -32° sans compter le vent dans la nuit de samedi à dimanche.

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