Mirza : retour du con-berger, ses 100 minutes

C’était par un après-midi où une chaleur un peu moite comme fièvre d’automne faisait rougir les feuilles. T-Bear visitait une ruche sauvage dans une vallée voisine. l-ours-a-arrache-une-ruche-d-abeille-pour-recuperer-le-mielLes moutons paissaient benoîtement, éparpillés sur l’herbe verte. Les chiots devenus adultes jouaient auprès du troupeau et Mirza vieillissante somnolait à l’ombre de l’entrée de la caverne. La paix régnait dans cette vallée de la tranquillité. moutonsTout d’un coup les sens de Mirza furent alertés par un remugle que venait de lui apporter un petit changement de vent. Un humain arrivait par le couchant. Il courait. Son adora l’avertit que l’intrus  suait de peur. Un bref appel alerta en même temps ses enfants et le troupeau qui alla se cacher derrière un bosquet, en formation d’expectative (comme en alerte mais immobile et en silence). La meute de jeunes chiens vint prendre les directives de la mère. mirza méfianteElle en expédia 2 en éclaireur, 1 en messager vers T-Bear et les autres en embuscade dans les rochers le long du col par où arrivait l’odeur. À travers l’effluve qui lui parvenait, une vague réminiscence lui titilla la mémoire. Cet humain de sexe mâle ne lui était pas inconnu. Et soudain jaillit en elle le souvenir. C’était la senteur du Maître.

Le berger avec sa chérie dans les bras

Le berger avec sa chérie dans les bras

Elle gronda en relevant ses babines et en se ramassant ventre à terre comme pour bondir. Ses enfants à l’affut répondirent par un bref jappement pour lui faire comprendre que le 2 pattes allait passer un sale quart d’heure. Mais plus Mirza humait et plus elle était persuadée que le prédateur était devenu une proie habitée par une monumentale trouille, de celle qui laisse des traces dans les culottes. Pour le moment le danger ne venait pas de lui mais de ses poursuivants. Un jappement prévint les autres de le laisser pénétrer sans pour autant se montrer. Les 2 éclaireurs revinrent la prévenir qu’effectivement l’humain approchait en courant, mais qu’ils avaient senti et vu d’autres formes humaines assez loin derrière. Elle les renvoya en observation. Que fallait-il faire ? Et à ce moment-là déboucha le con-berger qui était devenu con-trebandier. Oh qu’il n’était pas fier ! Exténué et en piteux état, il aurait fait presque pitié s’il n’avait été le pire ennemi de tout au monde, un humain. Mirza devant lui se redressa en grondant. homme-attaque-paniqueL’ancien berger sursauta et lâcha un long pet et un cri d’angoisse à la vue de cette bête menaçante qui ressemblait pour lui à celle du Gévaudan. Mais la bête eut soudain pitié de sa terreur, comme seuls les animaux peuvent parfois connaître la compassion. Elle comprit d’un coup que les prédateurs étaient trop proches de leur proie pour que la meute puisse faire disparaître le poursuivi. Quoi faire ? Valait-il mieux tous se cacher et laisser les humains se débrouiller entre eux. Mais alors, c’en serait peut-être fini de leur paix, surtout si les poursuivants avaient des bâtons à feu.

Salut la compagnie

salut la compagnie

Elle se releva en remuant la queue pour marquer la fin des hostilités tout en jappant pour que les autres gardent leur formation. Et c’est alors que l’ex berger la reconnut. Mirza ! S’écria-t-il incrédule. Ses yeux balayèrent la combe à la recherche du troupeau et il le vit pelotonné derrière un bosquet. Alors une idée jaillit dans sa tête car l’urgence peut rendre génial même les plus cons. S’il redevenait berger gardant ses moutons il deviendrait aussi vierge de tout soupçon que la pucelle Jeanne d’arc en personne. jeanne_bergereCes méchants douaniers, stupides par principe, n’y verraient peut-être que du feu. Il siffla Mirza et courut vers le troupeau qui se mit à tourner en bêlant de terreur. Mais quelques jappements de Mirza rassurèrent les moutons qui s’égaillèrent et se remirent à paître comme s’ils n’avaient fait que ça toute leur vie. L’homme se laissa tomber assis dos à un arbre et eut juste le temps de tirer de sa besace un saucisson et un litre de rouge. yves-vincent-berger1La bande de gabelous déboula en courant. Mirza se précipita vers eux en aboyant à gueule que veux-tu en même temps pour jouer la comédie et aussi pour prévenir la meute de se tapir tout en restant vigilante car les bipèdes avaient effectivement des bâtons à feu qui tuent à distance. Les douaniers crièrent au paisible berger de rappeler son chien. Ce qu’il s’empressa de faire tout en restant assis car une large humidité maintenant imbibait son arrière train et la station debout l’aurait trahi. Heureusement, les douaniers pressés ne s’approchèrent pas trop et demandèrent au pacifique pasteur s’il n’avait pas vu un homme courir. Par là ! Indiqua le pâtre en montrant vaguement le sud-est où effectivement on pouvait deviner un passage. Ce que confirma Mirza en un jappement des plus persuasifs, la truffe indiquant la fallacieuse direction. Sans remercier, les gardes-frontière se ruèrent dans la fausse piste. douaniersMême quand ils eurent disparu, le berger pris un certain temps à calmer son angoisse. Et puis il se releva pour aller se laver dans le ruisseau pendant que Mirza finissait avec délice et un brin de nostalgie le saucisson et le pain dans la musette. Par contre de biens mauvais souvenirs douchèrent de tout regret sa mémoire quand elle huma ce liquide couleur de sang frais dont les humains se délectent et qui les rend fous. D’un coup de museau elle fit débouler la bouteille qui finit de glouglouter en se brisant sur une roche. saint esthèphe bouteil casséePendant que l’homme se lavait de ses propres souillures, il se mit à inspecter la combe avec son pacage, le ruisseau, la grotte et le troupeau qui avait crû dans des proportions incroyables. Et tout d’un coup, comme Perrette il se vit riche ! perrette-et-le-pot-au-lait-livre-872743643_mlÀ son attitude et à son odeur, Mirza comprit à peu près ce qui se passait dans la tête de son ancien maître. Mais le temps de la servitude était à jamais fini, surtout après avoir reniflé la pestilence du vin. Et elle le fit savoir par un grognement féroce en montrant ses crocs quand il s’approcha du troupeau. Comme quoi l’ingratitude humaine n’a d’égale que sa cupidité, le con-berger ramassa des pierres pour lapider celle qui venait de le sauver. Un bref coup de gueule de la mère fit rappliquer ses enfants. L’imbécile rendu fou par son avidité  arrosa de projectiles la meute. Il en blessa au moins 3 dont Mirza quand tout d’un coup un horrifiant rugissement envahit la vallée et un gigantesque ours brun dévala au galop. attaque-de-loursAu fur et à mesure que T-Bear descendait une pente, l’homme grimpait l’autre les fesses à l’air. Mais la Vitesse qu’un ours acquiert est égale à sa masse multipliée par le carré de la croissance de sa colère (V=mc2). Il eut tôt fait de rattraper l’être haï et il l’aurait déchiqueté sans l’intervention de Mirza. T-Bear resta cependant à 4 pattes et gueule ouverte au dessus du malotru quelques secondes qui parurent des heures à ce dernier. Et puis, tout en rugissant, T-Bear se releva de toute sa masse, bipède géant face au bipède nain nu couché devant lui. 3911685yiknrL’homme vit son salut dans l’ouverture que ce stupide animal venait de lui laisser. Il se releva lentement en pissant et pleurant de terreur, recula et s’envola presque, tellement la peur donne des ailes. On ne le revit plus jamais, ni les hommes de loi non plus. Meute et troupeaux vivent heureux dans la combe du bonheur sous l’œil paisible de T-Bear et de la vieille Mirza.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui : austérité oblige …

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour Mirza : retour du con-berger, ses 100 minutes

  1. Eh bien je vais sûrement me répéter, mais drôlement bien cette histoire et en plus, elle se termine bien et j’aime beaucoup les hhistoires qui se terminent bien.
    Journée qui fait penser au printemps ! eh oui, nous avons de la chance : soleil, 11° que demander ? pendant qu’à 6000 km, certains sont sous la neige, grelottent etc …
    Bon courage pour supporter cette froidure. Bon après-midi, toujours bien au chaud.

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  2. tbearbourges dit :

    Merci pour votre commentaire élogieux. Je ne m’en lasse pas. Suis-je normal, docteur ? 🙂
    Oui, là tout le monde est « tanné » comme on dit icite. Et ils nous annoncent du froid intense encore jusqu’à mi mars. Mais, comme on ne peut rien y faire…
    Bonne nuit et bon mercredi

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