Conte faferlu : l’Idiot du village

L'idiot du village

L’idiot du village

C’est moi l’idiot, l’idiot du village. Avant, j’croye qu’c’était mon vrai nom. « Salut lidiot », « Hey, lidiot » qu’y disent les gens en passant ou quand z’ont besoin de moi. Alors j’croye Lidiot c’est mon vrai nom comme Paul ou Jacques ou Horace Verjus, Monsieur le Maire. Pi c’est un jour-à-liste qui m’a tout expliqué quand il a demandé mon nom, mon vrai de vrai nom que personne y connaît à part p’tête la femme de la sécurité sociale. L’idiot ça peut pas être un prénom ou un nom, qu’y m’a dit, mais une fonction, l’idiot du village, comme un Maire, un curé ou un gendarme. Il a même dit que j’étais un vrai de vrai fonctionnaire permanent pisque je recevais de l’argent du Public à rien faire en tant qu’idiot de naissance. Une pension à vie pour une fonction à vie qu’y a dit… Lui, y a un nom comme tout le monde, Gaston.

Gaston

Gaston

Gaston c’est son nom et jour-à-liste c’est son boulot, mais c’est pas une fonction vu que son salaire y vient pas des fonds publics comme moi…J’y ai dit que mon nom c’était p’tête ben zéro vu que des fois on m’appelait aussi comme ça. A dit qu’ça s’peut pas vu que zéro c’tun chiffe comme 1 ou 2 ou toi. Y va faire des recherches qu’y dit. Pourquoi ? J’y ai dit. Parce que c’est son métier de fouiller la vie des gens qu’y m’a répondu. Comme moi pour les poubelles. Alors, pt’êt ben qu’en plus d’être l’idiot du village et le zéro je suis aussi un jour-à-liste à poubelles… Y sont venus en masse hier les jour-à-listes avec la TV et tout pour m’parler vu que j’ai sauvé ma peau et celle de la Yvette que la maison elle a brûlé. Y on dit que j’étais un héros… j’ai cru qu’y disaient un « zéro ». Mais y m’ont expliqué que héros, c’est pas une fonction ni un nom mais un tite d’honneur pour quéqu’un qu’a fait quéqu’chose de straordinaire. Comme ça, je suis l’idiot du village, le zéro, p’tête ben un jour-à-liste à poubelle et un héros.

Monchien

Monchien

Mais là, le doigt dans l’oeil jusqu’au trou. C’est pas moi, c’est Monchien le vrai héros. Mais, j’pouvions pas y dire parce qu’le maire y m’avait dit de fermer ma grande boîte à camembert pour pas qu’elle pue. Alors j’su p’tête ben le héros en tite mais c’est Monchien le vrai de vrai héros. Monchien y m’a poussé du nez en jappant c’te nuit là et que ça fumait d’partout dans la maison à la Yvette avec qui je dormais vu que je suis sa bouillotte quand le Nestor, son mari, il a sa mine de nuit. J’l’ai tirée du lit et on s’t’habillait vite fait en descendant l’escalier, même que j’suis tombé su’l’cul en enfilant mon patalon. Que ça ma fait ben rire, mais j’étais l’seule car la Yvette elle courrait en démon en chialant. Pi arrivés dehors, la Yvette, elle ma dit d’réveiller l’monde en tapant bien fort aux portes et en criant ben fort Au feu ! Au feu ! Au début les gens z’étaient pas content du tout. Y sont sortis en gueulant après moi, pi y z’ont vu le feu et y z’ont crié aussi : au feu, au feu !  Pi les hommes de la mine de jour y z’ont jeté des seaux d’eau de la fontaine su’l’feu.

Femme éplorée par Jean Fra - Yvette ?

Femme éplorée par Jean Fra – Yvette ?

Pi les femmes z’ont jeté de l’eau su la Yvette pas à cause qu’elle avait le feu au cul comme elle a souvent mais parce qu’elle avait va-nuit. Pi le gendarme est arrivé, pi Monsieur Verjus qu’habite pas loin, pi l’curé, pi les pompiers quand tout était fini et que la Yvette elle pleurait comme vache qui pisse parce que tout son bien et celui du Nestor y s’était envolé en fumée. Le Nestor, lui, y est arrivé au matin par le car comme les autres de la mine de nuit. Pi la Yvette, elle s’est jetée dans mes bras en disant que j’étais son sauveur. C’qui fait que j’suis de plus un sauveur comme le petit Jésus… C’était plus facile avant le feu, quand j’avais juste une fonction et un chiffe. C’est après que les jour-à-listes y ont débarqué.

Le Maire Verjus

Le Maire Verjus

Monsieur Verjus y m’a dit d’y rien dire, de rire simplement comme l’idiot que j’étais et que c’est lui qui causerait à ma place. Ben d’accord. J’aime pas trop causer avec des que j’connais pas. Et rire je sais faire. Quand les autres y sont partis, c’est là que Gaston y est venu. Qu’au début je m’en méfiais parce qu’y était tout gentil et tout sourire comme les gamins quand y m’jouent un tour. M’a tiré vers le bois du fond pour pas que Monsieur Verjus y nous voiye, m’a donné une bouteille de vin et c’est là qu’y a demandé mon nom vu que même le Maire y avait jamais voulu y dire en circonférence et que ça lui était une louche à lui, Gaston. Pi on a causé un peu et y a vu que j’étais pas muet comme on voulait leur faire accroire pi que j’savais parler correcte même si j’étais pas ben ben futé. Mais j’y ai rien dit comme qu’c’était arrivé le feu, vu que j’savais pas et que Monsieur Verjus y m’avait fait jurer de rien dire là dessus… que ça pourrait porter un près juice à la Yvette quand le gendarme y ferait sa quéquette.  

La quéquette du gendarme

La quéquette du gendarme

J’ai pas compris pourquoi le gendarme y ferait une quéquette spéciale à la Yvette maintenant quelle a tout perdu et pi qu’elle a le Nestor quand y est pas de nuit. Moi, c’est pas pareil. Je sers de bouillotte comme pour les autres quand leurs hommes y font leur mine de nuit. J’y ai demandé au Gaston pourquoi le gendarme était obligé de se faire une quéquette et il s’est tordu de rire en secouant la tête et en notant sur son carnet. M’a demandé si j’savais lire et écrire. J’y ai dit que j’avais appris à l’os pisse y a bien longtemps mais que j’étais pas ben ben fort là d’sus et qu’à toute manière j’y voyais plus ben ben. Alors y m’a sorti ça, un téléphon mobile qu’y disent. J’ai r’connu à de suite. Tous les gars pi les quilles z’en ont un dans main ça les rend manchots, sourds et secoués de la tête aux pieds comme si y avait tout plein de fourmis qui leur mangeait le trou ou la quéquette. Gaston m’a dit qu’j’étais p’tête ben plus futé que j’paraissai d’savoir quoi c’était. Au début j’ai pas voulu, des fois que ça m’ferait aussi tortiller pareille à un oie qu’on tire les plumes du croupion. M’a dit qu’c’était pas pour écouter qu’y m’le passait mais pour y causer. martin ipodIl a pris pas mal du temps à m’faire voir comment on peut y parler dedans et que ça registre tout c’qu’on y dit. Y ma dit d’y dire tout ce qu’j’voyais, tout c’qu’j’écoutais et tout c’qu’y’m’passait par la citrouille. Comme si j’parlais à un ami. Mais j’en ai pas d’ami à part Monchien qu’est pas ben ben causant en retour, même si on s’comprend sans se dire de quoi. Est ben l’seul qui s’fout pas d’ma gueule quand j’y parle et qui m’écoute… même si ronfle des fois pendant que j’y cause. Le Gaston, y m’a dit que le téléphon y ronfle pas mais il écoute bien. Si j’y faisais c’qu’y dit, j’ai avoir des tas d’argent plus haut que les maisons mais pas que l’église quand même, parce qu’y ferait une mission à la radio avec quoi j’y dis. Avait même un tite qu’est pas un héros en tête « En direc l’idiot du village y vous parle. » Moi j’trouve ça un peu con, mais j’y ai pas dit pour pas y faire triste. Alors, depuis ce matin j’y cause au téléphon. Pas pour l’argent, j’en ai beaucoup dans la banque qu’y ma dit Monsieur Verjus. Plus haut que l’église. le plus riche des idiots qu’y m’a dit le Maire. Mais j’y ai pas dit à Gaston pour pas y faire triste au Gaston. M’en fout d’l’argent. J’en pas besoin vu que les bonnes femmes, elles s’battent presque pour m’nourrir, moi et Monchien. Et pi j’y donne un coup de main à tout le monde et on me file du tabac et du vin. Pi j’ai ma piaule à moi pour dormir avec Monchien… Quand j’su pas d’service de bouillotte.

L'idiot et Monchien. dessinateur inconnu de T-Bear

L’idiot et Monchien. dessinateur inconnu de T-Bear

Alors qu’est-ce que j’en ai à foute de son argent. Non, j’y cause au téléphon pour j’aime ça causer que à part Monchien, y a personne qui veut m’écouter. Même les femmes qui sont si gentilles avec moi. C’est pas pour parler qu’elles veulent que j’ouvre la bouche. Bon v’la l’téléphon qui fait lumière de Noël, tantôt oui, tantôt non. Ça veut dire que la bas-trique elle a pu d’jus qu’y m’a expliqué le Gaston. Faut que je la remplisse avec la triquecité qu’on trouve dans une prise à la trique. Y en a plusieurs autour de ma piaule. Mais avant, faut que j’emmêle à Gaston tout ce qu’j’y ai dit au l’téléphon. Je pèse ici avec mon doigt et pfuit, ça va directe chez lui. Comme dit Monsieur le Maire, on n’arrête pas le peau grès.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui : Tout le bonheur du monde.

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour Conte faferlu : l’Idiot du village

  1. Contre bien nommé ! Farfelu il l’est mais il est surtout plein de tendresse. Le style et les images sont bien appropriés. Un bon cru !
    Bon après. Midi à vous

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  2. tbearbourges dit :

    Merci beaucoup.
    PREMIER BBQ de l’année aujourd’hui Yéééé !!!
    Bonne nuit et bon mardi

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