On n’encage pas les oiseaux sauvages

C’était à la fin de la guerre, la 2ème mondiale bien entendu. Pour le 5ème anniversaire de T-Bear, son parrain lui avait donné de la main à la main un billet de 5 francs. 5fr justement parce qu’il avait eu 5 ans. 

T-Bear en 1945 avec ses deux frères ainés

T-Bear en 1945 avec ses deux frères aînés

Comme c’était une grosse somme à l’époque pour un enfant, la maman de T-Bear aurait voulu la mettre de côté, mais son parrain avait insisté pour que petit T-Bear en ai la pleine possession et jouissance. Lui-même partait au Canada pour 2 ans et il ne savait s’il pourrait envoyer d’autres choses à son filleul. Fier, non seulement d’être un homme aussi riche mais aussi de la confiance de son parrain, T-Bear conserva précieusement le billet tout au fond de sa poche. Il le caressait de temps en temps pour faire surgir toutes les sortes de rêves adaptés à son âge et qu’une soudaine illusion de richesse peut créer.

Photo d'une classe de 10e prise en 1946 au Lycée Carnot à Tunis, trouvée sur Internet. T-Bear reconnait son institutrice, Mme Baouet, qu'il avait eu l'année précédente, au moment de cette histoire.

Photo d’une classe de 10e prise en 1946 au Lycée Carnot à Tunis, trouvée sur Internet. T-Bear reconnaît son institutrice, Mme Baouet, qu’il avait eu l’année précédente, au moment de cette histoire.

La fin de l’année scolaire approchait et après plus de 2 mois, T-Bear n’avait encore rien dépensé et tout le monde s’en étonnait et le félicitait. Mais pour lui, le rêve était trop jouissif pour le gaspiller en réalité. Pourtant, les tentations étaient là.

Bien que la photo soit moderne, T-Bear reconnait les portails d'entrée et le mur où s'alignaient à l'époque les différents marchands

Bien que la photo soit moderne, T-Bear reconnaît les portails d’entrée et le mur où s’alignaient à l’époque les différents marchands

Chaque jour à la sortie de l’école, assis le long du mur qui la clôturait, toutes sortes de vendeurs « indigènes » (comme on appelait les Tunisiens de souche à l’époque) tenaient de petits kiosques de « casse-croûtes », pâtisseries, beignets et autres friandises, ainsi que des objets d’artisanat local. Et puis, un jour, il vit un oiseleur qui vendait de pauvres petits oiseaux dans des cages en bambous.

Genre de cage en bambou, mais plus large sur cette photo et avec des barreaux en fer au lieu d'être en bois.

Genre de cage en bambou, mais plus large sur cette photo et avec des barreaux en fer au lieu d’être en bois.

Petit T-Bear a pu en acheter 3 avec toute sa fortune moins quelques sous. Sa mère n’était pas trop contente de devoir ramener des oiseaux à la maison, mais comme c’était son argent, finalement elle s’est laissée convaincre. Pas pour longtemps. Elle fut très fâchée quand  elle vit T-Bear ouvrir les cages et laisser les 3 oiseaux s’enfuir. jpg_oiseaux_cage_casseeElle ne comprenait pas sa joie et son bonheur de leur avoir rendu la liberté. Elle ne voyait qu’un imbécile qui dilapidait son pécule en vanités. Passe encore que T-Bear ait acheté des friandises bien vite digérées, mais libérer des oiseaux… « Franchement, je ne sais pas ce qu’on va faire avec ce gosse. » se plaignit-elle au père de T-Bear. Alors, les fois suivantes, elle a gardé en banque pour lui l’argent que lui envoyait du Canada son parrain. Mais, avec l’inflation de l’après guerre, l’épargne s’est envolée quand-même sans lui donner le plaisir de voir d’innocents prisonniers retrouver leur liberté.

Comment T-Bear aime les rapports humains/oiseaux - photo T-Bear

Comment T-Bear aime les rapports humains/oiseaux – photo T-Bear

70 ans plus tard, T-bear s’en souvient encore comme le plus magique moment de son enfance. Et d’entendre les oiseaux chanter la liberté lui procure toujours un grand bonheur.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui : inflation.

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour On n’encage pas les oiseaux sauvages

  1. Elle est toute mignonne votre histoire.
    ça me fait penser à la chanson de Pierre Perret : Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux.
    Bonne et belle journée, je suis HS … et file sous la couette parce que demain est une journée chargée encore … !
    Bon jeudi après-midi.

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  2. tbearbourges dit :

    Beau dodo réparateur et bon vendredi

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