Conte faferlu : la poigne du fantôme fin

« Que ça a commencé juste avant la guerre comme cette histoire là, Romero et Julie… Hein ? Quoi ? Roméo et Juliette ? Si tu le dis, mon fils. MOI, Monsieur, j’ai pas eu la chance comme toi d’avoir un papa qui t’a payé les études. Qu’à 14 ans, MOI je travaillais déjà…  Hein ? Ah oui, le Canadien il veut écouter l’histoire et pas ma vie. 

Roméo et JulietteQue la fille, elle s’appelle Clotilde, et c’est une papiste. Qu’elle était amoureuse folle du Melchior qui LUI il était de la Religion (réformée). (air surpris et petit rire du Canadien) Et qu’est-ce qui vous fait rire ? Ah ! Le nom ? Je vois qu’au Canada vous ne connaissez pas la coutume de la ReligionSans indiscrétion, vous êtes quoi vous ? Hein ! Pour la laïcité ? C’est quoi ça ? Ah que vous n’aimez pas les curés. C’est bien ça.BIBLEEt où j’en étais ? Bon. Donc qu’à la naissance du bébé, dès qu’on connaît le sexe, le père il ouvre au hasard Notre Sainte Bible et qu’il laisse Dieu pointer avec le doigt et le premier nom qu’on trouve conforme au sexe, ce sera celui au baptême. Et c’est comme ça que le Melchior il est resté Melchior toute sa courte vie. Que donc le Melchior il aimait aussi bien gros la Clotilde qu’elle était pour son malheur la soeur d’Isidore. Parce que le Isidore, il était un idolâtre enragé et qu’il voulait pour rien au monde que sa soeur elle fréquente un de La Religion. Qu’il criait à tout le monde qu’il allait les tuer tous les deux. Et puis la guerre est arrivée.

La drôle de guerre 1939-1940

La drôle de guerre 1939-1940

Drôle de guerre. La conscription a séparé ceusses de nos villages. Avec la logique de l’armée, le Melchior qui était berger, on l’a enrôlé canonnier. Le Isidore qui était bûcheron, il est allé dans les cuisines. Quand à moi, boucher charcutier, ils m’ont expédié avec la biffe (infanterie), comme pousse cailloux.

repli drôle de guerreQue c’est avec une telle logique qu’on a perdu la guerre, oui Monsieur. Au lieu d’attaquer, on s’est endormi derrière dans les casemates à la ligne « marginaux » en lisant le manuel de la Grande Guerre, alors que les boches ils s’entraînaient directe à faire la guerre à droite et à gauche. On s’est réveillé trop tard quand ils nous sont tombés dessus avec leurs avions et leurs tanks modernes. Quand l’armistice elle est arrivée, aucun des 3 on a été ni tué ni blessé ni fait prisonnier. On s’est rentré au pays. Comme on était en France libre, la vie a repris son cours tant bien que mal, jusqu’en début 43. 

la 7e compagnieQue c’est là où la vraie guerre a commencé. Pas avec les fridolins au début, mais entre nous autres, les Français, entre les collabos et les maquisards. Et pourquoi 1943 ? Faut bien le dire, pas par patriotisme comme les communistes ou les corps francs, mais parce que le Maréchal Putain il a réveillé la France avec la STO, le Service du Travail Obligatoire que ça s’appelait.Collabo-affiche-confiance-petainAlors, pour y échapper, beaucoup de jeunes ont pris le maquis comme Melchior et comme moi. Le Isidore, lèche cul des fascistes, lui, il est entré dans la Milice. Mais en vérité, à ce moment là, il n’y avait plus de différence entre catholiques et protestants. On en trouvait des 2 bords. Et puis au printemps 1944, les doryphores et les miliciens, ils ont donné l’assaut à la Montagne noire.

les collabos

les collabos

Que beaucoup de comptes ils se sont réglés là. Le Melchior il a tué le Isidore dans une embuscade.  Qu’après ça, malgré tout son amour, la Clotilde elle ne pouvait plus se marier avec l’assassin de son frère et que le Melchior de désespoir commença à boire plus que de raison. Que c’est là que la vraie histoire commence et qu’elle achève.

Maquisards

Maquisards

Que le 31 octobre 1948, le Melchior il s’était saoulé et pas à peu près au bar tabac de la mère Rochette à St Machin. Et pourquoi il est allé dans ce bar de papistes ?  Que je ne le sais pas. Peut-être pour la provocation ?… Tant il est que les calotins l’ont attiré dans un piège et que lui, il s’y est jeté droit dedans. Que le Melchior il a relevé le pari fatal en cette nuit des morts d’affronter le fantôme de Isidore en allant planter son bâton de berger sur sa tombe, même si c’était au cimetière des idolâtres avec plein de statues dedans.

Berger avec sa longue cape peint par Jean-François Millet

Berger avec sa longue cape peint par Jean-François Millet

Que juste avant minuit, ceusses qui l’avaient mis au défi l’ont accompagné jusqu’aux portes du cimetière, mais qu’ils n’ont pas voulu y entrer, vu qu’ils tremblaient comme des feuilles. Et que je les crois pour sûr, vu que les papistes c’est très superstitieux de par leur idolâtrie. Que dans le brouillard, le Melchior devait lui-même ressembler à un spectre avec son grand chapeau et sa longue cape de berger qui lui descendait jusqu’aux chevilles. En tout cas, sous le dernier coup de minuit à la cloche de l’église, que ceusses qui étaient resté dehors ont entendu un tellement horrifique hurlement qu’ils s’en sont sauvés comme des diables, la queue entre les jambes. 

OLYMPUS DIGITAL CAMERAQue le lendemain , comme personne n’avait revu le Melchior, il y en a qui ont prévenu les gendarmes. Ils l’ont retrouvé mort sur la tombe du Isidore, la face tordue d’horreur et comme si il avait voulu fuir. Après l’autopsie, dans leur rapport, ils ont écrit qu’il avait planté le bâton en y accrochant sa cape et quand il a voulu partir il s’est senti retenu et que ça l’a fait mourir de peur.

main hantéeMais nous, nous, on sait bien ce qui est arrivé à de vrai. Le Isidore, en le retenant par la cape, il lui a arraché l’âme pour l’entraîner avec lui régler leurs comptes pour l’éternité dans l’enfer des damnés Catholiques. Comment vous dites Monsieur le Canadien ? De la superstition ? Oh que non, Monsieur laïcité. Ce n’est pas là la superstition des idolâtres, c’est une ÉVIDENCE quand on a la vraie foi. »

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui : Porc salut.

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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