L’oiseau blanc

lagopède à queue blanche

lagopède à queue blanche

Mâle ou femelle, ils ne savent pas qu’ils sont des gallinacés de l’espèce des phasianidés de la race des tétraonidés, famille des lagopus. Les Français les appellent lagopèdes. Les Québécois font une confusion d’espèce en les nommant « perdrix » (famille des perdricinae). Quand aux anglais, ils ont repris à leur compte tout simplement l’appellation amérindienne « ptarmigan ». D’ailleurs, qu’ils soient des saules, alpins ou à queue blanche, quoi que soit la langue qui les désigne, ils s’en foutent éperdument. Ce qui leur importe le plus c’est de ne pas être bouffés par ceux qui les baptisent.

Parce que non seulement leur chair est excellente, mais ils sont faciles à attraper. Quel est le raquetteur qui n’a pas sursauté en entendant et en voyant un vol de perdrix gicler du bout de sa raquette. En hiver, leur camouflage est presque parfait surtout dans les broussailles. De plus elles ont aussi l’habitude de se terrer dans la neige pour se protéger du vent.

T-Bear avait planté des saules dans sa propriété de St-Antoine-sur-le-Richelieu, rive sud de Montréal. Comme leur nom l’indique, les lagopèdes des saules raffolent de leurs bourgeons. Quand des boules de neige bougeaient autour de ces arbres, T-Bear savait que c’étaient des lagopèdes. À la tombée de la nuit, elles plongeaient littéralement des branches des saules pour s’enterrer profondément au creux de l’édredon neigeux. neigelago2En hiver, ils sont plutôt discrets et silencieux. Ils ne communiquent parfois entre eux que par quelques syllabes. Ça suffisait pour réveiller l’instinct de chasseur des Amérindiens Cree (ou Cri) qui travaillaient avec T-Bear à la Baie James pendant la décennie 1970. Abandonnant leurs instruments de travail, les voilà partis silencieusement en éventail pour attraper l’imprudent et sa bande. T-Bear les suivait à distance en tachant de faire le moins de bruit possible.

Technicien et Cris au travail sur le projet de la Baie James dans les années tranquilles - photo Jacques Cardin

Technicien et Cris au travail sur le projet de la Baie James dans les années tranquilles – photo Jacques Cardin

Si les Amérindiens pouvaient légalement chasser en tout temps, ils n’avaient pas le droit d’emmener une arme à feu sur les chantiers. Mais à l’époque, ils connaissaient encore tous les trucs sans fusil. Ils avaient deux méthodes pour attraper le « ptarmigan ». En hiver, l’oiseau est le plus souvent au sol pour picorer les bourgeons des buissons. Son instinct de camouflage l’incite à se terrer dans la neige sans bouger. 17_1aD2jMalheureusement, comme ils ne voient pas plus loin que leur bec noir, celui-ci les dénonce. D’un geste aussi sûr que précis, l’indien lançait sa hachette (ou celle de T-Bear à l’occasion) sur l’animal pour l’estourbir pendant que les autres s’envolaient à tire d’aile. Le problème était de retrouver l’arme qui s’était enfoncée profondément dans les 2 mètres de neige. Dès le début du printemps, le lagopède mâle appelle les femelles et son caquet est encore plus irrésistible pour l’indien que pour ces dames.

Mais la méthode de capture est complètement différente. Le chasseur « pêche » littéralement sa proie. Il munit d’un collet le bout d’une longue gaule. À contrevent, lentement, précautionneusement et sûrement, il s’approche de sa proie toute obsédée à clamer pulsions sexuelles. Tellement qu’elle ne voit pas se profiler autour de son bec le funeste lacet. Alors l’Indien siffle. La curiosité fait tendre le cou dans le piège et l’animal se retrouve pendu et se débattant au bout de la perche. Il faut l’avoir vu de ses propres yeux pour le croire. Rôti en broche sur le feu de camp, ça changeait fort agréablement des sandwichs congelés un peu trop craquants sous la dent. C’était il y a une quarantaine d’années. Y-a-t-il encore des Cree qui savent « pêcher » au collet le ptarmigan  ? oiseauxT-Bear n’y a pas pensé en écrivant ses deux précédents billets, mais il aurait pu intercaler l’oiseau blanc entre l’oiseau bleu et l’oiseau rouge pour faire de cette trilogie un hommage au drapeau français… ou américain. Mais il a établi plutôt sa sélection suivant les oiseaux des villes versus les oiseaux des champs. Demain il vous présentera le totem du Québec, le Harfang des neiges.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre 

aujourd’hui: l’éducation paradoxale des petits oiseaux

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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