La corneille pi le coyote

Pour en finir avec un grand sourire cette semaine sur les thèmes de l’intelligence et du corbeau, T-Bear remet en ligne pour vous sa traduction en « joual » Québécois de la fameuse fable du « renard et du corbeau ». Pour celles et ceux qui sont mal entendant en « joual », T-Bear a joint un petit lexique à la fin.

La corneille pi le coyote

An twit de corneille sur un poteau juqué
S’bourrait la face d’un hot-dog ben steamé.
Un fendant d’coyote qui fouinait dans l’coincorbeau T-Bear
Catchât de suite le bon bargouin.
« Aï oï ! Que v’la  an corneille chic en swell !
Jamais vu de pitoune à la peignure si belle
Que si tu turlute aussi ben qu’t’es gréillée,
Tu f’ras un malheur à soir à la veillée.
Pi moi va t’baquer pour sûr. Envoye don,
Pousse nous une toune ou un rigodon. »
Crinquée ben raide, l’enfant d’nanane
Pour lyrer ouvre en grand sa cacane,
Échappe le roteux dret su l’coyote
Qui l’enfile d’une seule shot.
En joualvert de s’être faite enfirouaper
La nounoune braille à s’en péter l’clapet.
Le ratoureux avant de crisser son camp
d’y dire en se crampant :
« c’est ceusses qui ont la tête dans la m’lasse
Qui donnent à la jarnigoine sa piasse.
Cette leçon vaut bien une guédille.
Et à c’t’heure, faut que j’décanille.”
T-Bear

Twit :  de l’anglais twit, stupide – Juqué : juchéSteamé : de l’anglais steam, à la vapeurCatcher : de l’anglais to catch, prendreBargouin : du français barguigner, négociation, bonne affairechic an (and) swell : expression tirée de publicités américaines, sensationnelPitoune : venu de chansons de draveurs, une jeune filleTurluter : venu de la chanteuse La Boduc, façon de chanter un refrainGreiller : est une déformation du terme de marine « gréer », couvrir de voiles un voilier. Après 6 mois de traversée au temps des « bot à ouelle » (bateau à voile), les futurs colons avient le temps de s’imprégner des expressions de la marine – baquer : du verbe anglais to back, appuyerToune : de l’anglais tune, chanson – Rigodon : danse d’origine celtiqueCrinquer : du verbe anglais to crank, remonter au propre et au figuréEnfant d’nanane : probablement de banane, pas futéLyrer : effets de voix d’une cantatricecacane : de l’anglais can, boîte ici employé au figuré pour gueuleRoteux : vulgairement hot-dog  – shot : de l’anglais shot, d’un coupJoualvert : en colère comme quand son joual (cheval)  devient vert d’après un très vieux conteEnfirouaper : du vieux français, arnaquerSe cramper… attraper une crampe à force de rire – Nounoune : pas futéeJarnigoine : du vieux français de langue d’Oc « jarnigouale », littéralement « je renie ma parole », beau parleur. Tombé en désuétude  – Piasse : de piastre, le dollars en Québécois. De moins en moins employé depuis une décennieGuédillecasses-croûte de la Gaspésie et de la Côte-Nord fait d’un pain à hot-dog (généralement non grillé) rempli d’une salade d’oeuf, de poulet ou de fruits de mer assaisonnée de mayonnaise, au figuré broutille.

Beaucoup de ces expressions, surtout celles dérivées de l’anglais sont en voie de disparition du langage courant au Québec.

N’oubliez pas de jeter un clin d’oeil aux insolences d’un T-Bear libre au pays de la poutine en cliquant sur le logo ci-contre  aujourd’hui : pour parler.      

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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