La seconde où tout déraille : mort au pion

résumé : un avion kidnappé par un commando des forces spéciales vient d’être forcé d’atterrir dans un aéroport isolé dans un désert. En réalité c’est une simulation de piratage organisée par les services de sécurité du plus puissant pays de la planète Manga pour l’entraînement de ses commandos anti-terroristes et pour vérifier la rapidité d’intervention des forces aériennes d’interception. Jusque là tout allait bien et puis tout a basculé dans un cauchemar pour Adenine, le chef du commando. De membre d’une unité spéciale à l’entraînement pour abattre les ennemis de son pays, voici qu’il est maintenant pourchassé par ses collègues qui le prennent pour un terroriste et ont ordre de l’abattre. Comment s’en sortira-t-il ? (Cliquer pour lire l’épisode précédent)

Il devra tuer. Tuer pour survivre. Tuer était le métier qu’il avait choisi et il avait été formé pour ça. Mais tuer les siens, LES SIENS… Et d’abord avec quoi ? Un simple poignard d’obsidienne ? …Pour ne pas être décelé par les détecteurs de métaux à l’embarquement, qu’ils avaient dit. Un couteau de pierre contre des fusils d’assaut. Une arme préhistorique contre un arsenal de carnage de masse… C’est dingue…Arrête de penser. C’est toi qu’ils vont tuer. Alors, démerde-toi et vite. Intuition, action…

Genre de couteau d'obsidienne employé par des pirates de l'air

Genre de couteau d’obsidienne employé par des pirates de l’air

« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Et ces beuglements répétitifs des sirènes, déchirants, horrifiants, harcelants… Adénine essaya de retrouver son sang-froid. De sa position, il avait une vue limitée par le toboggan d’une part, mais aussi par l’alignement de roues des trois avions. Trois avions. Il y avait donc bien un troisième avion. Il ne l’avait pas rêvé dans sa panique tout à l’heure. Maintenant, il retrouvait peu à peu sa maîtrise de combattant.

« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Les hauts parleurs continuaient à répéter le même message, accompagné des beuglements. Mais déjà, son oreille s’y habituait. C’est fou comme le système biologique s’adapte vite. En dehors de ce bruit répétitif, rien…

« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Les unités, mais où sont elles les unités ? Rien, pas un mouvement, ni dans les avions, ni dans les environs. Le vent. Des tourbillons de poussière, autant en emporte le vent, mais de vie humaine, rien, rien. Tout simplement rien. Angoisse montante. Ne pas se laisser reprendre par la terreur.

dust-devil« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Oh, ta gueule, merde ! L’entraînement, tant d’années d’entraînement. Il s’était cru invincible, et puis la déchéance… Adénine reprit provisoirement son sang-froid. L’entraînement, l’entraînement… Et si tout ceci faisait partie de la manœuvre ? Impossible. Tous ces morts, pourquoi ? Impossible, impossible. Quelque chose ne tourne pas rond. Quelque chose avait craqué quelque part… Mais où ? Quand ? Comment ?

« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Il gueule pour rien, celui-là. Les unités, il n’y a pas d’unités. Il n’y a personne qui vient. Peut-être mortes aussi les unités ? L’alerte déclenchée et plus personne pour l’arrêter ? Tout est mort et moi, moi je suis vivant. Seul survivant. Seul…

roue-davion« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Lentement, avec prudence, Adénine se déplaça sous l’avion. Arrivé aux roues, sa vue au raz du sol n’avait plus d’obstacle.  Aussi loin que la vue portait, il n’y avait personne. Rien.

« … À toutes les unités… » Un aérodrome militaire, quand il n’y a pas d’action au sol ou dans les airs, c’est un immense RIEN en SURFACE, avec un énorme TOUT en DESSOUS.  « …Un terroriste vient de s’échapper… » Devant, pas très loin, se dressait l’immense structure voûtée en béton qu’il avait aperçu à l’atterrissage, avec des portes géantes. Plus loin, en retrait vers sa gauche, un gros hangar. Derrière lui, plus éloignées, les longues pistes d’envol et d’atterrissage.  De l’autre côté de la piste, très loin, Adénine voyait des bâtiments tout à fait communs aux trois armes. « … de l’avion nº 1… » Probablement des bâtiments administratifs, avec le casernement. C’est quelque part par là que devrait se trouver la guérite et la sortie. Inaccessible pour le moment. Il lui faudrait traverser la piste principale et courir sur une distance d’un kilomètre ou deux, tout ceci à  découvert. Et puis, que dire une fois arrivé à la guérite ? C’est moi le pirate recherché ?  « … Attrapez-le !»

vue aérienne d'une base classique désaffectée

vue aérienne d’une base classique désaffectée

Adénine se retourna et courut jusqu’à la queue de l’avion. « Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Pas grand chose à voir de ce côté là non plus. Au fond, assez loin, il distingua des voies bétonnées qui reliaient la piste principale d’atterrissage à ce qui lui semblait être des souterrains ou peut-être des bunkers. Plus prés, sur sa gauche, s’érigeait la tour de contrôle. Entre les souterrains et la tour de contrôle, une structure enterrée elle aussi. « …de l’avion nº 1… » Les hauts parleurs continuaient à diffuser le message répétitif, comme s’il était enregistré et, bien entendu, en accompagnement, les beuglements d’alerte. Mais à part ce bruit irritant et le vent, rien.

lg_airport_2_teAussi incroyable que cela puisse paraître, rien ne bougeait. Il n’y avait même pas une brindille que le vent aurait pu déplacer.  Aucun signe de vie. Tout semblait encore plus désertique que le désert. On aurait dit un décor de western spaghettis transformé en base militaire, avec même pas une éolienne ou une porte rouillée pour grincer… Rien, pas un mouvement dans les trois avions stationnés, ni sur la base, ni dans les bâtiments. Tout paraissait désespérément mort, mort, MORT« Alerte ! Alerte ! À toutes les unités… » Au milieu de ce nulle part, au milieu de cette absence de vie, la voix sans émotion, répétitive, robotisée du message, accompagnée de la sirène, avait quelque chose de surnaturel, de dément. Adénine se tenait immobile, aussi pétrifié que semblaient l’être tous les éléments du paysage spectral qu’il voyait. Il était incapable de penser, ni de sentir autre chose qu’une angoisse indéterminée, incommensurable l’écraser.

L1013005« … Attrapez-le ! » Brutalement et d’une façon inexplicable, cette injonction si souvent entendue pourtant le rappela à la réalité. Son instinct lui ordonna de fuir, fuir vers l’avant, fuir vers la structure bétonnée la plus proche. Il prit conscience en même temps que ses jeans et son boxer étaient souillés par ses déjections. Foin de la pudeur. Il s’en débarrassa pour mieux courir après s’être quand-même essuyé le derrière et l’entrejambe avec les morceaux secs.

Il revint sur ses pas, dépassa le nez de l’avion et fonça vers son objectif, comme si l’ennemi était à ses trousses. Ne dit-on pas que la peur donne  des ailes ? Mais rien ne se passa. Aucun ordre d’arrêter, aucune giclée de balle, toujours rien. Incroyable. Hors d’haleine, il atteignit les portes blindées géantes. Pas moyen d’entrer par là, bien entendu.

Pourquoi choisit-il de contourner le bâtiment vers la droite ? Parce qu’il était droitier ? Il n’y pensa même pas. Plus que jamais, l’instruction : « intuition, action » colla à son être. La façade lui parut démesurément longue à contourner. Mais il avait fait le bon choix, la partie droite était à l’ombre. Cette ombre lui donna sans raison un sentiment de sécurité. Comme si l’ombre le cachait, le protégeait. Pourtant, il continua à courir quelques minutes le long du mur avant de prendre le temps de reprendre son souffle.

Les hauts parleurs continuaient à égrainer le message et les beuglements, mais loin de lui, d’une façon plus diffuse, plus confuse. Les murs de la structure bétonnée les étouffaient, renforçant son sentiment de sécurité. Sa tension se relâcha un peu. C’est alors qu’il reprit contact avec son corps. Sa vessie était au bord de l’éclatement  et il  dut immédiatement la soulager. 1396442221_84335_320x180x1x0Et puis, c’est la soif qui l’envahit. Avec la chaleur sèche du désert et après sa course, sa gorge et son nez brûlaient. Son estomac était encore trop noué pour qu’il puisse ressentir de la faim. Boire, boire à tout prix. Il lui fallait trouver à boire. À une dizaine de mètres il distingua le long du mur quelque chose qui ressemblait à une ouverture. Pressé, mais sans courir, il se dirigea vers elle.

Elle ressemblait à une profonde alcôve. Sa hauteur était tout à fait ordinaire, mais sa profondeur donnait une idée de l’énormité de l’épaisseur du mur. Au fond, il y avait une porte blindée qui, bien entendu était fermée. Il n’y avait même pas de poignée ni même de serrure. Il essaya de pousser, mais en vain. Il allait ressortir quand …

(suite au prochain épisode)

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour La seconde où tout déraille : mort au pion

  1. Hou la la ça va être difficile d attendre jusqu’à demain,.Le suspens est à son comble. Journée au temps orageux 19° avec un très fort degré d humidité.
    J espère que le soleil est toujours avec vous, bon après-midi

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  2. tbearbourges dit :

    Ciel d’été avec +28°… si si si +28°… avec un vent à décorner… tous les orignaux de la région.
    Et dire qu’il y a 1 mois, le 4 avril, on subissait une tempête de neige. Mais ce n’est pas exceptionnel ici. Souvent on passe directement de l’hiver à l’été en quelques jours. Cependant, il peut y a voir un retour de temps frais à la mi mai.
    Bonne nuit et bonne conversation en anglais demain.

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