La seconde où tout déraille : mort au pion (2)

Résumé : un avion kidnappé par un commando spécial vient d’être forcé d’atterrir dans un aéroport isolé dans un désert. En réalité c’est une simulation de piratage organisée par les services de sécurité du plus puissant pays de la planète Manga pour l’entraînement de ses commandos anti-terroristes et pour vérifier la rapidité d’intervention des forces aériennes d’interception. Jusque là tout allait bien et puis tout a basculé dans un cauchemar pour Adenine, chef d’un des commandos des forces spéciales. De membre d’une unité spéciale à l’entraînement pour abattre les ennemis de son pays, voici qu’il est maintenant pourchassé par ses collègues qui le prennent pour un terroriste et ont ordre de l’abattre. D’abord  anéanti par l’horreur de sa situation, Adenine se reprend, analyse, traverse le tarmac sans problème, arrive à un abri dont la porte blindée est close. Au moment où il repart à la recherche d’une autre cachette, soudain… (Cliquer pour lire l’épisode précédent)

… Et soudain…

Tornade. Succion démesurée. Air pompé des poumons. Souffle gigantesque. Suffocation. Asphyxie. Obscurité. Écrasement. Effondrement. Syncope. Reprise de conscience. Ténèbres. Air. Air. Air. Aspirer. Respirer. Souffrance. Mal à la tête. Étouffement. Éternuer, tousser, cracher. Se relever, vite. Refus des jambes. Cassées ? Mal au ventre; mal au dos, mal aux membres, mal à la tête, mal partout. Air irrespirable. Vapeur; exhalaison de poussière;  brouillard; lueur à travers le brouillard; éclaircissement; brume. Clarté donc pas aveugle. Étouffement. Éternuer, tousser, cracher. Pas de sang sur la tête, pas de sang au nez. pas de sang dans la bouche, pas de sang au ventre, pas de sang aux jambes. Étouffement, éternuements spasmodiques, suffocation. Tousser, cracher, éternuer. Se relever. Fuir. Non, vérifier les jambes d’abord… A priori, rien de cassé. Se relever. Un appui. Le sol, la porte dans le dos. Prendre appuie et se relever en glissant du dos sur la porte. Debout. Résister à l’étourdissement. Ne pas retomber. S’appuyer au mur. Sortir.  Sortir.

tornade_texas_avril_2012Adénine tituba le long des quelques mètres qui le séparaient de l’air libre. L’air libre, c’était vite dit. Il était beaucoup moins concentrée en particules de poussière que dans l’alcôve, mais quand même. Des rafales de vent faisaient tourbillonner la poussière. Adénine se remit à éternuer, à tousser, à cracher jusqu’au vomissement. Difficilement, il reprit sa respiration.

Contre toute logique, pourquoi se tourna-t-il vers la droite pour avancer ? Encore une fois l’instinct du droitier ? Il refit ainsi en sens inverse le chemin qu’il avait parcouru avant… AVANT QUOI ? Pour la première fois, la question effleura sa pensée. Mais il ne pouvait y répondre.  Alors, il l’effaça temporairement de son esprit.

tempêteArrivé à mis parcours, le vent tomba d’un seul coup et avec lui la poussière, mélange de l’ocre du sable et de quelque chose d’autre,  de beaucoup plus fin, gris. La poussière prit du temps à se déposer et elle forma une couche de quelques centimètres au sol sur laquelle s’imprimèrent ses pas. Elle n’était pas encore tout à fait retombée quand il arriva au coin du bâtiment. Mais il faisait assez clair pour voir… POUR VOIR QU’IL N’Y AVAIT PLUS RIEN.

videRien, RIEN, RIEN !!! Les avions avaient complètement disparu. Aussi complètement disparu que s’ils n’avaient jamais été là, que s’ils n’avaient jamais existé. Un tour d’horizon vite fait. Aucun bâtiment n’a bougé. Tout est en place… comme avant, sauf…sauf que trois avions de ligne et à peu près trois cents passagers envolés, volatilisés, réduits en poussière… Juste trois avions qui en quelques secondes ont disparu… en poussière. « Poussière tu es et à la poussière tu retourneras« . Oui mais aussi de la poussière pour témoigner. Pour témoigner qu’il y avait bien eu quelque chose avant… puisque ce quelque chose s’est transformé en monceaux de cette poudre grise.

Merci  poussière de témoigner que tout un pan de vie n’est pas qu’illusion, divagation, folie. Merci poussière…  celle qui sature l’air, celle qu’Adénine respire… Il respire de la poussière d’avion, de la poussière d’êtres qui étaient encore vivants moins d’une heure avant. Avec leurs émotions, leurs espoirs, leurs rêves d’avenir… Respirer les morts, respirer la mort pour vivre. Plus qu’inconcevable, INACCEPTABLE. Plus qu’incroyable : ABSURDE !!! Trop au-delà des limites de toute logique. Trop irrationnel pour la raison. Doute, hallucination, folie.

Tout d’un coup, la mort prend vie : la conscience du néant, la conscience du silence. Un silence qui  tombe, assomme, écrase. Plus de vent, plus de haut-parleurs. Un silence qui hurle à l’esprit  au bord de l’hystérie. Un désert de son dans un désert de poussière dans un désert de vie dans un désert d’esprit.  Tout est désert, au dehors comme au dedans. Tout est  immensément, impitoyablement désertique… Le silence… Encore plus effroyable que le message d’alerte et la sirène. Il était présage de mort, mais témoin de vie. Ce silence est négation de ce qui a été, désaveu d’être. Un silence qui anéantit.

Et puis, comme un refus de désintégration, ou alors, comme une continuation dans l’hallucination, un soupçon, une illusion, une illusion de bruit qui s’amplifie. Un lointain vrombissement  à  gauche, comme un gros bourdon. Ou un colibri collé à l’oreille. Enfin un signe de vie.  Un bruit familier, donc rassurant. Un bruit qui approche, plus discernable. Ah oui ! Un bruit d’hélicoptère. Un hélicoptère ? Plusieurs hélicoptères. helicopters-mi-28De la vie sûrement, mais de la vie présage de mort sans doute,  de sa mort. Ils arrivent. Qui ça, ils ? Les commandos d’intervention. Ses frères d’armes d’hier, ses ennemis de maintenant. Fuir à nouveau. Où ça ? L’ouverture de l’alcôve ! Elle l’a déjà protégé de la mort; y retourner; vite.

Suite au prochain épisode.

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
Cet article a été publié dans CONTES FAFERLUS, La seconde où tout déraille. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour La seconde où tout déraille : mort au pion (2)

  1. Sont beaux les hélicoptères. Journée bien remplie, j’ai bien speaké english ans after, réunion de bureau suivie d’un bon petit encas sur place et je viens de rentrer. Ouffff. Maintenant repos jusqu’à demain matin. Bon après-midi

    J'aime

  2. tbearbourges dit :

    Bonne nuit et bon mercredi à vous

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s