La seconde où tout déraille : mort au pion (3)

résumé : un avion kidnappé par un commando spécial vient d’être forcé d’atterrir dans un aéroport isolé dans un désert. En réalité c’est une simulation de piratage organisée par les services de sécurité du plus puissant pays de la planète Manga pour l’entraînement de ses commandos anti-terroristes et pour vérifier la rapidité d’intervention des forces aériennes d’interception. Jusque là tout allait bien et puis tout a basculé dans un cauchemar pour Adenine, chef d’un des commandos des forces spéciales. De membre d’une unité spéciale à l’entraînement pour abattre les ennemis de son pays, voici qu’il est maintenant pourchassé par ses collègues qui le prennent pour un terroriste et ont ordre de l’abattre. D’abord  anéanti par l’horreur de sa situation, Adenine se reprend, analyse, traverse le tarmac sans problème, arrive à un abri dont la porte blindée est close. Au moment où il repart à la recherche d’une autre cachette, soudain… l’inconcevable se produit. Dans une incroyable tornade venue d’on ne sais où, les 3 avions sont pulvérisés. Grâce à l’abri où s’était réfugié Adénine, celui-ci s’en sort sans trop de mal. Mais… (Cliquer pour lire l’épisode précédent)

Son corps lui faisait trop mal encore pour courir. Il pressa cependant le pas, buttant dans la poussière. Il projeta en avant toute son énergie électrisée par le bruit qui se rapprochait derrière lui. Énergie du désespoir. Après le silence de mort, le bruit de mort à ses trousses. Peur de se retourner, peur de voir sa destruction lui arriver en pleine face. Fuir, surmonter la douleur, courir en rasant le mur à l’ombre.

hélicoptères de combatDes hélicoptères dans son dos, presque sur lui. Le son lui disait qu’ils étaient plusieurs et des gros. Au sifflement des tuyères dans les pales, ce n’était pas des hélicoptères civils, mais des hélicoptères de combat. Des prédateurs, des rapaces en meute pour une seule proie, LUI. Malgré les douleurs et la gorge sèche, il s’obligea à courir. Enfin, l’abri. De la poussière accumulée contre la porte. S’y dissimuler. Se recroqueviller en elle. Ne faire qu’un avec elle… S’asseoir en se laissant glisser dos à la porte… Trahison ! Horreur ! Elle se dérobe sous son poids. Il tombe à la renverse à l’intérieur.

Ténèbres. Lueur mouvante. Voix. Angoisse. Attente. Angoisse. Se relever, fuir. Non, rester à terre, se recroqueviller, devenir invisible. Et attendre, attendre… attendre quoi ? Rien. Rien n’arrive. Rien ne bouge. Il n’y a rien. Rien que la lueur et les voix. Les voix changent de registre, plus fort. De la musique. Familier. Il reconnaît : des annonces publicitaires. Une radio ? Non, une  télévision, à cause de la lueur mouvante. Fabco 3095Une télévision, c’est de la vie… des humains. Des humains, donc du danger. Des humains qui étaient là avant, avant la disparition, avant l’innommable. Des humains qui étaient là au moment de l’alerte. Des humains en embûche du pirate et le pirate, maintenant, c’est lui et ils vont tirer. La porte ouverte, un piège à con et le con c’est lui.

Mais rien, toujours rien. Pas d’autre mouvement que la lueur mouvante de la télé en reflet. Les yeux d’Adénine se sont habitués à l’ombre. Il observe. Il voit qu’il n’y a rien, rien qui bouge, rien qu’un immense vide en haut comme en bas. Juste un local vitré où danse la lueur de la télé. Un bureau ? Une guérite ? Peu importe, elle est vide, aussi vide que l’immense structure… du moins ce qu’il peut en voir pour le moment.

Péniblement, Adénine se relève… Il prend conscience qu’il est cul nu. Et soudain il a honte, honte, honte ! Qu’est devenu le fier chef de la force spéciale en manœuvre d’entraînement ? Tout lui fait mal. Reprendre ses esprits. Intuition, action. Intuition, action. Mais il  ne ressent plus d’intuition et l’action lui fait mal partout. Il se sent aussi vidé que la structure. Allez, remue-toi. D’abord, fermer la porte par où l’ennemi viendra. Adénine la pousse en repoussant la poussière, la poussière des morts.

big_photo_119758_2873896_201003295116878De l’intérieur non plus, la porte blindée n’a ni poignée, ni loquet, ni serrure. Étrange.  Un système d’ouverture électronique télécommandé ? D’où et PAR QUI ? Elle se verrouille automatiquement dès qu’elle s’appuie sans bruit au chambranle. Pris au piège comme un rat ! Plus d’intuition, plus d’action, juste le vide de la panique dans sa tête. Un vide que remplace peu à peu la résignation, l’aveu de sa défaite. Mais par ailleurs un vide ponctué d’exclamations d’horreur à la télé. Un filme ? L’identifiable, le connu le réconforta un peu en estompant son angoisse alimentée par l’incompréhensible et l’inconcevable qu’il subit depuis que tout avait si brusquement déraillé. 

Malgré ses douleurs, Adénine fit le parcours du combattant en rasant les murs jusqu’à la guérite, bureau ou Dieu sait quoi. Il s’accroupit contre le muret de tôle en dessous du vitrage qui rejoignait le mur. Toujours rien qui bouge en dehors du reflet des images sur  les vitres. Tout semble normal, trop normal, anormal. Pourquoi n’y a-t-il personne ? Pourquoi a-t-on laissé la télé allumée ? Elle ne fonctionne certainement pas depuis que la  base a été désaffectée. Des gardiens ? Un gardien ? Mais pourquoi ici, dans cette structure vide ? Et où est-il ?

MLE0078016Avec répugnance et crainte, Adénine se redresse tout doucement  jusqu’à ce que ses yeux dépassent le châssis. Il s’attend à trouver un cadavre. Mais non. Rien d’autre qu’un bureau encombré de papiers et de journaux, une étagère avec des moniteurs allumés qui montrent en noir et blanc des couloirs, des salles, des compartiments. Tous vides. Sur le bureau, il y a aussi une console avec des tas de boutons, un téléphone, un gobelet à café en plastique et… une grosse bouteille de Persil-Coda presque pleine. La soif surgit et rugit en lui avec une avidité impulsive, compulsive, irrésistible. Il se rua sans réfléchir. Fébrilement, il ouvrit la bouteille et but à longs traits…  Pas le temps de se rendre compte que le liquide était tiède et ne pétillait plus.

Soudain, un hurlement d’horreur derrière lui : « Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! »

(suite au prochain épisode)

 

 

A propos tbearbourges

T-Bear est mon pseudonyme : T comme Tree (arbre en anglais) et Bear (ours en anglais). Pourquoi un pseudonyme en anglais pour un français ? L'ours (bear) est l'animal totem qu'un ami Cree, un peu chaman sur les bords, m'a donné alors que je travaillais en exploration pour le compte d'Hydroquébec dans le grand nord Québecois. Les Cree ne parlent qu'un dialecte algonquin et que l'anglais. Donc, Robert se transforma en Bear auprès d'eux d'où mon surnom totem Blackbear (ours noir) à cause de ma barbe et de ma grosse voix. De retour en France il y a quelques années, un mien petit neveu me surnomma Tibère en référence à la vedette ours d'un dessin animé qui passait à la TV en ce temps là. Le surnom m'est resté et je l'ai modifié pour y inclure Tree, l'arbre de la forêt tant aimée et mon totem en mémoire de mon ami Cree et de tous ceux que j'ai connu à Mistashibi, Vieux Comptoir, Fort Ruppert et à Matagami.
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2 commentaires pour La seconde où tout déraille : mort au pion (3)

  1. Tous les soirs je finis ma lecture avec des palpitations attendant le lendemain pour être rassurée mais … pas pour longtemps. 🙂
    Tiens mais je ne connais point le persil-cola … fallait la trouver cette marque ! Un petit Black and White sans alcool.
    Bon mercredi après-midi.

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  2. tbearbourges dit :

    Hélas, comme tout a une fin, dernier épisode demain… à moins que ??? Et oui. cette histoire m’inspire et je compte continuer à l’écrire pour peut-être en faire un livre plutôt qu’un simple conte. Mais écrire un bouquin demande du temps. Du temps j’en ai, mais ça sera au détriment d’autre chose. Va falloir que j’analyse mes priorités.
    Bonne nuit et bon jeudi

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